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Mark Andrew Hansen ose encore aimer dans « Afraid of Love No More »

Mark Andrew Hansen ose encore aimer dans « Afraid of Love No More »
  • Publishedjuin 9, 2026

« « Afraid of Love No More » place Mark Andrew Hansen seul sous les projecteurs, au moment exact où la peur du prochain cœur brisé cède enfin devant l’envie de vivre quelque chose de plus grand. »

Le rideau vient de s’ouvrir. Sur scène, un homme reste seul, légèrement sonné par la rencontre qui vient de se produire hors champ. Quelques minutes plus tôt, il ne connaissait pas encore celle qu’il imagine déjà comme la femme de sa vie. Le public, lui, comprend immédiatement le problème : cet homme a déjà trop aimé, trop perdu, trop souvent confondu l’espoir avec le début d’une catastrophe. « Afraid of Love No More » de Mark Andrew Hansen commence dans cette suspension très théâtrale, lorsque le personnage doit choisir entre sa mémoire et son désir.

Auteur, interprète et producteur de l’ensemble du morceau, l’artiste australien compose moins une chanson pop qu’un véritable monologue de comédie musicale. L’influence de Randy Newman se devine dans cette capacité à maintenir une mélodie lisible au milieu d’une harmonie plus aventureuse, mais aussi dans l’usage de l’humour pour révéler une fragilité que le personnage préférerait probablement dissimuler. Hansen ne dramatise pas la peur de l’amour jusqu’au pathos. Il la rend presque comique par ses exagérations, comme si l’homme sur scène tentait de convaincre le public qu’il contrôle encore la situation alors que son cœur a déjà pris sa décision.

Le morceau serait né très vite, dans la demi-heure ayant suivi le visionnage d’un documentaire consacré à Randy Newman. Mark Andrew Hansen retourne alors au piano, expérimente des mouvements chromatiques et des accords diminués, puis voit apparaître ce protagoniste terrorisé mais secrètement prêt à recommencer. Cette naissance spontanée n’empêche pas la composition de se révéler minutieuse. Les transitions harmoniques suivent les hésitations du personnage, chaque déplacement d’accord semblant ouvrir une nouvelle objection avant que la mélodie ne la contourne.

Le piano assume presque à lui seul le rôle de l’orchestre et du décor. Il doit soutenir la voix masculine, remplir l’espace et donner au morceau son relief dramatique sans jamais écraser la confession. Cet équilibre constitue l’une des réussites les plus évidentes du titre. Les harmonies sont riches, parfois sinueuses, mais conservent toujours assez d’air pour que la narration reste centrale. On entend un accompagnement qui ne se contente pas d’illustrer l’émotion : il argumente avec elle.

L’absence de compression et d’Auto-Tune renforce encore cette impression de présence scénique. Enregistrée dans le home studio de l’artiste, la voix conserve ses variations naturelles, ses respirations et cette légère vulnérabilité indispensable au personnage. Le résultat n’a pas la perfection lisse d’une production contemporaine calibrée. Il possède quelque chose de plus précieux pour ce type d’écriture : l’impression qu’un être humain cherche ses mots devant nous, sans savoir encore comment la scène se terminera.

« Afraid of Love No More » repose sur un paradoxe délicieux. Son titre proclame la fin de la peur, mais toute la chanson montre précisément combien celle-ci demeure active. Le protagoniste n’est pas soudainement devenu invincible. Il mesure encore les risques, se rappelle les chagrins précédents, anticipe probablement déjà sa prochaine chute. Ce qu’il abandonne n’est pas la peur elle-même, mais le pouvoir qu’elle exerçait sur ses décisions.

Cette nuance donne au morceau une profondeur inattendue. Le courage amoureux n’est pas l’absence de mémoire. Il consiste à savoir exactement ce que l’on pourrait perdre et à avancer malgré tout. Hansen construit donc une chanson de victoire, mais une victoire fragile, obtenue non par certitude, plutôt par une forme d’élan presque irrationnel. L’espoir gagne, non parce qu’il a produit le meilleur argument, mais parce que le personnage comprend qu’une vie entièrement protégée du chagrin serait aussi protégée de l’amour.

Son regard de compositeur de théâtre musical distingue nettement le titre d’une ballade singer-songwriter plus conventionnelle. Chaque élément possède une fonction narrative : le piano décrit l’état intérieur, les ruptures harmoniques marquent les hésitations et la mélodie donne au personnage une trajectoire. On imagine facilement le projecteur isolé, le plateau vide et, quelque part dans les coulisses, la personne qui vient de bouleverser l’intrigue sans savoir encore qu’une chanson entière lui est déjà consacrée.

Mark Andrew Hansen signe ainsi une pièce charmante, sophistiquée et profondément humaine, qui assume pleinement son ADN Broadway sans perdre l’intimité d’une confession enregistrée à la maison. « Afraid of Love No More » ne cherche pas à se déguiser en hit pop moderne. Il appartient à cette tradition où une chanson peut faire avancer une histoire, révéler un personnage et changer le cours d’un récit en quelques minutes.

Le cœur a déjà été brisé. Il le sera peut-être encore. Mais cette fois, sous les lumières, Mark Andrew Hansen décide que la peur n’écrira pas la fin.

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Extravafrench

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