C’est avec son dernier projet, l’album « Le marteau et l’enclume » que l’énigmatique SLDGHRAM 1ER nous a transporté dans un univers sonore parallèle où l’électro alternatif résonne comme une évidence, un univers cinématographique sombre et hypnotique où le rythme bat comme un doute ou une angoisse qui fait vibrer les tympans. Avec un tel programme, on était bien obligés d’inviter cet artiste hors norme à nous en révéler plus sur ce charisme atypique qui transpire la musicalité rare. Bref, voici SLDGHRAM 1ER en 10 questions, un interview à découvrir sans plus attendre.
1) Qui êtes-vous ?
Bien le bonjour, je suis SLDGHRAM 1er, en Ile-de-France depuis une grosse quinzaine d’années. Je crée sur divers supports depuis le milieu des années 90, mais principalement de la musique, depuis la toute fin de ladite décennie.
2) Quel est votre parcours ?
J’ai commencé à utiliser la création clairement pour son coté « thérapeutique », j’avais des trucs a extérioriser car emmagasiner du négatif années après années, ça peut vous ronger. J’ai donc commencé à écrire; la chose rigolote, c’est que je ne me suis pas du tout lancé dans l’écriture car lecteur invétéré ou par amour du beau mot, mais comme méthode pour contourner le fait que je ne sais pas dessiner, ainsi je décrivais avec des mots ce que j’aurais voulu représenter visuellement. Bon, avec les années , je suis devenu plus à l’aise avec les mots et j’ai trouvé une façon plus personnelle d’utiliser cet outil.
Quelques années plus tard, et sans crier gare, la création musicale est arrivée dans ma vie. Il faut remettre dans le contexte, on est en 1999, l’internet grand public n’existe pour ainsi dire pas, et donc pour s’informer, on n’a que la télé/radio et tout ce qui est livres/magazines; qui plus est, je n’habitais pas dans une grande ville. Dans ce contexte, j’ai limite eu une révélation via une soirée Thema d’Arte sur la musique électronique, pour l’occasion de la Love Parade de Berlin. Et surtout une partie, où était présentée la groovebox MC303 de Roland. Ca a été un véritable choc, je n’avais jamais vu un truc pareil, cet instrument; qui plus est, ma conception de la composition musicale à l’époque oscillait entre les restes des cours de musique du collège (chanter du Goldman ou du Téléphone, quand on ne devait pas subir l’horrible flute en plastique beigeasse … donc pas un bon souvenir) et la musique que j’écoutais et qui paraissait inaccessible en un sens, moi « faisant de la musique ». J’ai fini par trouver une MC303 d’occasion, et le reste est dans les livres d’histoire (en fait non … ou alors je veux bien une capture d’écran comme preuve).
3) Que pouvez-vous nous dire en quelques mots sur votre musique ?
Il y a une chose qu’une majorité de gens ayant écouté ce que je fais ont souligné, c’est que ça pourrait très bien être une « bande originale » de film (de série, de jeu vidéo … enfin bref, tout ce qui peut être soutenu par de la musique pour approfondir la narration). Même mes morceaux plus accès sur des genres dansant/club ont cette propension à potentiellement se prêter à un usage illustratif (ou tout simplement à fermer les yeux, lancer l’album, et laisser son imagination travailler). À la base du projet musical, il y avait un croisement entre des genres bien différents (et que de but en blanc, on ne mettrait pas forcément ensemble), techno/hardcore d’un côté et ambient/dark ambient de l’autre, le tout avec une influence issue de la musique classique.
4) Quelles sont vos sources d’inspiration ?
J’ai une méthode de travail que j’ai rarement croisé dans les divers forums ou pages liées à la production musicale que j’ai fréquenté. Je me laisse simplement porter par le courant du moment, je n’ai quasiment jamais « une idée à développer ». Si ça marche, cool, je finis avec un morceau terminé; si ça ne fonctionne pas, ou que je sens que je dois forcer pour obtenir un résultat, je ne prends même pas la peine de sauvegarder le projet car ça ne vaudra pas le coup. D’une certaine façon, on peut dire que c’est l’inconscient qui guide. C’est une vision un peu romantique, la « magie de la création », mais ça a aussi ses cotés moins réjouissants, comme ces moments où j’aurais envie de créer quelque chose, mais que ça ne vient pas naturellement … et ça peut durer longtemps des périodes comme ça, la crise de la page blanche …
Après, il y a quelques projets particuliers, mes albums « Padded Braincell » par exemple sont inspirés par des éléments issus de rêves bien spécifiques; là, il y a bien quelque chose à développer, une base à partir de quoi construire.
5) Quelle est votre playlist du moment ?
Je viens juste de boucler ma playlist annuelle 2023 ( open.spotify.com…ClQc05 ) ; le principe, là aussi , c’est de faire voyager l’auditeur avec un ensemble de scènes. Pour se faire, je prends 4 ou 5 morceaux d’un genre et ensuite je change de genre (c’est assez éclectique, même si j’ai bien sur mes petites préférences). Une poignée de morceaux lus en aléatoire risque de ne pas avoir de cohérence, alors qu’ici on laisse un peu de temps/morceaux, pour peindre un paysage avant de passer au suivant, et donc d’avoir un réel impact sur l’expérience de l’auditeur.
Et si certain de vos lecteurs sont séduits par le concept, la page de la version 2024 est déjà créée ( open.spotify.com…taRo7S ), rendez-vous début janvier pour la première fournée de titres et commencer l’année du bon pied !

6) Quel est le plat que vous cuisinez le mieux ?
Ma mousse au chocolat rencontre toujours son petit succès (et sérieusement, ajouter du sucre , c’est inutile).
7) Quels sont vos projets à venir ?
J’ai un album qui est prêt à sortir, mes dernières sessions de studio, effectuées en 2021, et qui ont permis de traiter « Le marteau et l’enclume », sorti le mois dernier, ont aussi permis de boucler ce prochain album. Le soucis, c’est que j’ai une idée très précise de ce que je veux comme couverture, et que la réalisation de ce « projet visuel » est semée d’embuches.
Il y a aussi ce projet que je traine depuis plusieurs années, un recueil de nouvelles qui rassemble, grosso modo, ce que j’ai écrit entre 2000 et 2014.
8 ) Pouvez-vous nous raconter une anecdote sur vous?
Lorsque j’étais étudiant, nous avions un cours fort intéressant dont le thème était « Psychiatrie et cinéma », et où le prof expliquait comment le cinéma mettait en scène la maladie mentale, les symptômes etc avec le langage qui lui est propre. Fin de semestre, pour valider le cours, on nous donne un papier à faire. Il faut prendre un cas psychiatrique dans un film de notre choix, et bucher dessus. Les cas à traiter, ce n’est pas ce qui manque, « Misery », « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Fight club » … on a l’embarrât du choix, mais je me retrouve un brin embêté car rien ne me parle vraiment. Puis j’ai une sorte d’illumination, une idée qui claque, ça va peut-être m’être refusé mais je tente le coup. Je vais donc voir le prof, et je lui propose de faire, en quelque sorte, le contraire de ce qu’il demande, et d’écrire un papier démontrant que Jack Torrance (joué par Nicholson dans le Shining de Kubrick, et qui pour beaucoup est un peu l’archétype du gars qui perd la boule) n’est absolument pas fou. Le prof est tout à fait enthousiasmé par la proposition et me donne son feu vert pour traiter le sujet.
Pour autant que je m’en souvienne ,je n’ai jamais obtenu de meilleurs note que celle-ci, de toute mes études.
9) Si vous pouviez passer 48 heures avec quelqu’un que vous n’avez jamais rencontré, qui serait-ce ?
David Lynch
10) Un dernier conseil ?
Regardez toujours à gauche et à droite avant de traverser la rue , même dans une rue à sens unique.
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