Aleef Sheen, auteur-compositeur-interprète né au Maroc, nous présente son dernier morceau « Mes Exits », accompagné d’un clip envoûtant réalisé par Les Films Vagabonds. Influencé par la chanson française, le rock anglais, la folk nord-américaine et les sonorités méditerranéennes, Aleef Sheen crée un univers poétique unique. Né sur les routes de Rabat, Paris, Le Caire et Marseille, chaque mot et chaque note de ses chansons sont soigneusement pesés pour ne pas peser. « Mes Exits » est une balade entre enthousiasme, mélancolie et rage contenue, racontant une quête de soi complexe à travers une mélodie en colimaçon.
Bref, Découvrez Aleef Sheen en 10 questions :
1 ) Qui es-tu ?
Aleef Sheen, 32 ans, franco-marocain. J’ai grandi à Rabat et je vis en ce moment entre la France et le Maroc. J’écris des chansons depuis l’âge de 13 ou 14 ans et j’ai sorti deux singles, Les Filles de l’airl’année dernière et Mes exitsen mars.
2 ) Quel est ton parcours ?
J’ai commencé la musique par le piano classique, sur lequel je me suis cassé les dents comme pas mal de monde. Puis j’ai appris la guitare en autodidacte et j’ai joué dans plusieurs groupes de punk rock, dans ma ville natale. J’ai ensuite abandonné un bon moment pour faire des études tout ce qu’il y a de plus sérieux. Puis j’ai repris la musique à l’âge de 25 ans dans un groupe au Caire, en Égypte. J’étais venu m’améliorer en arabe littéraire. J’ai rencontré des artistes par hasard dans une soirée d’appartement, ils m’ont appris les bases du oud et j’ai chanté en leur compagnie des chansons maghrébines pendant trois ans. L’envie de réécrire pour mon propre compte a commencé à me démanger à ce moment-là, et je n’ai plus arrêté depuis. Un ange gardien qui s’appelle Nathan Luyé (du duo Fleur et Bleue) a eu la faiblesse de trouver qu’elles méritaient d’être enregistrées, et me voilà.
3 ) Que peux-tu nous dire en quelques mots sur ta musique ?
Comme vous l’avez remarqué, les circonstances de la vie m’ont amené à voyager pas mal, alors que je suis horriblement casanier. Mais voilà, ma petite aventure de métis de la postcolonie m’a fait faire pas mal de valises, pour aller étudier à Paris, puis au Caire, puis à Marseille. Alors ma musique, au départ, est faite pour tenir dans une valise. Mes chansons sont en général composées sur une petite guitare, dans une chambre sous-louée pour quelques semaines, aux murs de laquelle je n’ai rien accroché. Tant que je ne trouve pas que ça tient la route comme ça, à nu, aussi nu que la chambre, je recommence. Ensuite, en studio, j’y mets les couleurs que j’ai rapportées de ma vie de digger de sons, depuis le raï algérien et le chaâbi marocain des rues commerçantes de ma ville quand j’étais petit, jusqu’à la folk américaine, en passant par un milliard de trucs glanés dans tous les sens. Mais derrière chaque chanson il y a d’abord un croquis, une esquisse simple. Si ça ne tient pas le test de la chambre, je jette.
4 ) Quelles sont tes inspirations ?
J’en ai un certain nombre en musique et en poésie mais, de la littérature arabe classique que j’ai un peu lue, j’ai retenu qu’on devient soi-même en apprenant mille textes par cœur puis en les oubliant tous. Alors je travaille activement à oublier. Je vais quand même citer une personne, un artiste que j’ai un peu connu à Assouan, au sud de l’Egypte, Zizo Tag. Ce que j’écris n’a pas grand chose à voir avec ce qu’il fait, mais c’est certainement la rencontre artistique la plus marquante que j’aie eue. Tant de gens se croient le nombril du monde et n’arrivent pas à la cheville de quelqu’un comme lui, qui vous fait décoller du sol avec presque rien, juste par l’intensité de sa présence et la simplicité apparente de son expression. Quand je serai grand et que j’aurai fini de me dissiper, j’aimerais beaucoup être comme ça. Mais ça ne se fait pas tout seul, il faut savoir très bien vivre et aimer pour arriver si haut.
5 ) Quelle est ta playlist actuelle ?
En ce moment je réécoute un chanteur texan particulièrement cher à mon cœur, qui s’appelle Townes Van Zandt. C’est inépuisable et ça s’écoute en long, en large et en travers. J’ai aussi poncé ces derniers mois le premier album de Hanaa Ouassim, La vie de star, qui est une perle. Sinon, au hasard de mon fatras sur les plateformes de streaming, il y a Tamer Abu Ghazaleh et son album Tulth, cette artiste cubaine hallucinante, La Dame Blanche, Cécile McLorin Salvant et un chanteur de raï sentimental d’Oujda, Cheb Amrou, dont je suis accro aux synthés. J’arrête là, sinon je ne m’arrêterai plus.

6 ) Quel est le plat que tu cuisines le mieux ?
Les crevettes pilpil. Je suis originaire du Nord du Maroc, la région de Tanger-Tétouan, où c’est un plat de base. On le trouve aussi en Espagne, puisque c’est juste en face. Et je préviens quiconque s’amusera à y mettre de la sauce tomate ou à y aller trop fort sur les herbes : vous aurez affaire à moi personnellement.
7 ) Quels sont tes projets à venir ?
Je suis en train d’écrire un nouvel EP pour le moment, en français. J’essaye d’épurer ma langue et de faire des textes plus simples et directs, tout en gardant le vague qui laisse l’imagination se promener. Et ensuite, je veux composer en darija, l’arabe marocain. Je crois que j’ai assez de travail pour quelques années avec tout ça, surtout que j’écris aussi autre chose que des chansons.
8 ) Peux-tu nous raconter une anecdote sur toi ?
J’ai claqué une bise par la voie des airs à l’un des artistes vivants les plus incroyables selon moi, le chanteur tunisien Lotfi Bouchnak (si vous ne savez pas qui c’est, regardez son featuring lors du fameux concert d’IAM aux Pyramides de Guizeh). Je l’ai reconnu dans la queue des passeports à l’aéroport de Tunis, et le geste est parti tout seul. Il l’a attrapé au vol et l’a posé sur sa tête, puis m’a envoyé son salut en retour. Mieux qu’un selfie, non ?
9 ) Si tu pouvais passer 48 heures avec quelqu’un que tu n’as jamais rencontré, qui serait-ce ?
Une personne dont j’ignore totalement l’existence à l’heure où je vous parle et dont la découverte serait une surprise totale, de préférence bonne. D’expérience, rencontrer les personnes qu’on admire n’est pas forcément une excellente idée. Et les mort·es, je les laisse dormir. L’inconnu, c’est parfait, et quand ce genre de choses m’arrive je n’ai aucune difficulté à trouver 48 heures. Avis aux fantômes.
10 ) Un dernier conseil ?
Réfléchissez bien avant de donner des conseils à qui que ce soit. Ou alors si c’est un conseil anodin dont vous parlez, un conseil musical… Écoutez les premiers albums de Soledad Bravo, une chanteuse vénézuélienne, quand vous passez par un mauvais moment. Dans les bons moments, ça marche aussi.
