Ukulélé Punk avec Angus Crowne and the Family Jewels sur Everybody Wants To See Me Happy
Il y a des albums qui cherchent à plaire et d’autres qui prennent un malin plaisir à défier les attentes. Everybody Wants To See Me Happy, le cinquième opus d’Angus Crowne and the Family Jewels, appartient sans conteste à la seconde catégorie. Sous ses allures faussement enjouées, le disque est une démonstration de ce que peut être la liberté musicale lorsqu’on refuse les étiquettes. Ce n’est ni du punk, ni du rockabilly, ni du folk, ni du jazz… c’est un cocktail détonnant de tout ça à la fois, une fusion que Crowne qualifie lui-même de Uke-Billy Punk Rock, comme un pied de nez à ceux qui pensent que le ukulélé est un instrument inoffensif.
Si l’on devait définir cet album en une image, ce serait celle d’un punk vieillissant mais pas assagi, un vieux briscard qui a troqué la distorsion pour une petite boîte à quatre cordes, sans pour autant perdre une once de sa malice ou de sa rage contenue. Angus Crowne, dont la carrière l’a vu côtoyer des légendes comme Queen et Boy George, fait partie de ces artistes qui transforment leurs expériences en un chaos organisé, entre sarcasme et mélancolie.
Entre ironie et éclats de sincérité
Derrière son titre trompeur, Everybody Wants To See Me Happy est un album qui ne respire pas franchement la sérénité. La chanson éponyme en est la meilleure preuve : une mélodie accrocheuse, presque insidieuse, qui masque à peine un regard acide sur les injonctions au bonheur. Comme si l’artiste nous chuchotait à l’oreille : « Tout le monde veut me voir heureux, mais qu’est-ce que ça change si moi, je ne le suis pas ? »
Mais ce disque n’est pas qu’une collection de piques ironiques. Il sait aussi se faire tendre et nuancé, comme sur Lullaby Blues Revisited, qui abandonne temporairement l’énergie punk pour une ambiance jazz feutrée. Un morceau qui clôture chacun des concerts du groupe, et qui ici, trouve une nouvelle incarnation plus mûre, plus apaisée, comme un dernier verre partagé après une nuit agitée.
Un son qui refuse d’être rangé dans une boîte
Les influences de l’album sont aussi vastes que ses humeurs. On y retrouve des éclats de The Clash, des excentricités à la Talking Heads, et même une touche de l’extravagance théâtrale de Queen. Mais c’est surtout cette tension entre chaos et contrôle, entre autodérision et véritables confessions, qui donne à Everybody Wants To See Me Happy son identité unique.
Des morceaux comme It’s So Nice To Meet You nous rappellent pourquoi le groupe est souvent classé du côté du post-punk, tandis que Melody Post Mortem et Happy Feet incarnent l’esprit foutraque et insaisissable d’un groupe qui semble toujours en train de jouer avec son propre concept.
Le punk n’est pas mort, il joue du ukulélé
Il y a quelque chose de profondément rafraîchissant dans cet album, une absence totale de prétention, une urgence sincère qui n’a pas peur du ridicule ni des grands élans lyriques. Angus Crowne and the Family Jewels nous rappellent que la musique, avant d’être un exercice de style, est avant tout une manière de s’exprimer, de se moquer du monde, et parfois, de se moquer de soi-même.
Avec Everybody Wants To See Me Happy, Angus Crowne signe un album qui pourrait bien être son plus accessible, tout en restant fidèle à l’esprit frondeur qui fait le sel de sa musique. Un disque à écouter un sourire en coin, mais avec une oreille attentive, car sous ses airs légers se cache une profondeur insoupçonnée.
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