Il est 9h03, quelque part entre une alarme de téléphone ratée et un métro pris en courant. Dans Ethiopian Coffee, c’est exactement là que Cold Chinese Food, The Charles Géne Suite, Rāms et Sam Turpin nous retrouvent : au croisement entre le chaos urbain et le besoin vital de ralentir. Un morceau comme un souffle, comme un café bien noir partagé en silence — avec soi-même.
Sur une instrumentation jazz limpide, presque feutrée, Sam Turpin déroule ses pensées comme on laisse couler un filet d’eau tiède. Pas de punchlines hystériques ici, pas d’egotrip outrancier. Juste la fatigue d’exister, racontée avec une lucidité sans fard. Sa voix est posée, articulée, presque didactique, mais jamais distante. On sent que chaque mot a été pesé, comme une cuillère de sucre dans l’amertume du quotidien.
Et puis il y a ce saxophone. Muhammad Dawjee tisse une nappe chaude et mélancolique qui s’infiltre doucement sous la peau. À chaque note, on se sent un peu plus à l’intérieur du morceau, comme invité dans une conversation à voix basse sur un coin de trottoir, entre deux bouffées d’air pollué.
Rāms, lui, pose un refrain délicat, presque spectral. Un murmure de gospel sous perfusion lo-fi. Ça ne cherche pas à briller, ça cherche à toucher juste — et ça réussit.
Le clip, signé Turpin, prolonge cette ambiance de contemplation active. Rien d’extraordinaire, et c’est justement ça, la force : des bouts de ville, des visages, des gestes du quotidien, filmés sans filtre. La poésie du réel, comme un journal intime filmé en douce.
Ethiopian Coffee ne révolutionne pas le hip-hop. Il fait mieux : il le rappelle à sa fonction première — être le journal sensible de nos luttes discrètes. Une ode aux matins flous, à ceux qui vivent entre deux silences, aux pensées qui tournent en boucle dans les cafés tièdes de nos villes étouffées.
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