Pas besoin de flambeur ni d’artifices quand on a quelque chose à dire. Revoh Wattz, rappeur de Worcester MA, ne cherche pas à enjoliver sa réalité : il l’éclaire. Brutalement, sincèrement, et avec ce supplément d’âme qu’on reconnaît chez ceux qui n’ont pas appris la vie dans les livres mais dans les virages serrés du quotidien. Dans « Livin’ (Life Ain’t Free) », produit par Funky Flacco, il délivre trois minutes qui frappent juste, et qui frappent fort.
Derrière le groove boom bap souple, organique, un refrain fluide s’incruste dans l’oreille comme une prière de fin de nuit, ou peut-être comme un cri étouffé lancé dans le vacarme d’un monde qui tourne sans pitié. Wattz parle du coût invisible de la survie, des sacrifices qu’on ne poste pas sur les réseaux et des rêves qui s’effacent faute de carburant. Il ne moralise pas : il observe, raconte, et lâche ses vérités comme des clous sous les pneus d’une existence trop rapide.
Ce morceau, c’est aussi la continuité d’un fil rouge qu’on retrouvait déjà sur « Defcon 0 » — une manière de s’approprier les codes du rap old school sans sombrer dans le passéisme. Il les tord, les charge de sens, les remet au goût du jour avec une voix grave, posée, qui sonne comme celle d’un grand frère lucide plutôt qu’un MC en quête de validation.
« Livin’ » n’a rien de gratuit, justement. C’est un de ces morceaux qui ne cherchent pas à plaire mais à marquer. Une ligne de vie posée sur une boucle. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour réveiller les consciences endormies.
