Parfois, un disque arrive de nulle part et construit un monde entier dans ton dos, sans prévenir. Evasion de Y is Nature est de ceux-là. Un faux album discret, un vrai roman d’espionnage sonore qui infiltre tes oreilles pour ne plus les lâcher.
Derrière ce projet-phantôme lancé par Hjalmar Littauer, se cache un pari fou : créer un nouveau genre, la « spy pop ». Soit un croisement mutant entre l’élégance trouble des vieux thrillers d’espionnage, des éclats indie psychédéliques et des grooves suintants d’ambivalence. Imagine Portishead qui aurait troqué la brume de Bristol contre les corridors désertés de Berlin-Est, le tout nappé d’humour glacé et de mélancolie fluide.
Evasion rassemble huit titres taillés dans la ouate tendue des grandes filatures : les singles déjà dévoilés (« Transition », « Trouble », « The Fool », « Lonesome Disco ») y croisent quatre nouvelles pistes où les ombres grandissent à vue d’œil. C’est tout en flottaison : voix douce et retenue, accords suspendus, rythmiques sourdes comme des battements de cœur sous le manteau.
Littauer orchestre tout depuis son studio d’Oslo comme un marionnettiste discret, épaulé par une armée secrète : les voix de Tuva Svendsen Hesmyr, Sindre Bjørkli Ramberg, les interventions spectrales de Agent 4NN4 et UA87, les cordes égarées de Villads Littauer et Joel Ring… Rien n’est laissé au hasard, tout respire l’espionnage minutieux.
Mais sous la bande-son élégante, c’est bien notre époque qu’il ausculte : l’anxiété douce des écrans, la méfiance devenue réflexe, le bruit blanc des guerres hybrides. Evasion n’est pas seulement une prouesse esthétique, c’est une carte sensible de notre monde fissuré, dessinée à l’encre invisible.
Il y a des albums qui crient pour exister. Celui-ci murmure. Et c’est précisément pour ça qu’il risque de ne plus jamais sortir de ta tête.
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