Tu connais cette sensation. Cette vibration sourde, presque animale, qui naît avant même que tu réalises que tu t’ennuies. Avant que le confort devienne prison, que l’air se raréfie, que les murs familiers se mettent à te parler en boucle. “Empacar” est une chambre qu’on vide en silence. C’est une dernière gorgée de thé avant de refermer la porte sans se retourner. Impostora, elle, l’a toujours su : il y a des départs qui précèdent les adieux.
Avec ce deuxième titre, la mystérieuse musicienne chilienne (toujours aussi insaisissable qu’un rêve au réveil) continue de sculpter une discographie comme on écrirait un carnet de route entre deux fuseaux horaires. Plus ambient, plus brumeux encore que son premier morceau, “Empacar” est une expérience sensorielle, quasi spectrale. Une nappe électronique se tend comme un voile entre deux mondes, la voix d’Impostora traverse ce tissu diaphane, ni tout à fait chant, ni tout à fait chuchotement. C’est un souffle, une incantation pour celles et ceux qui n’ont jamais appris à poser leurs valises autrement qu’à moitié.
Les objets, ici, deviennent des repères : un jouet en plastique, une photo froissée, un livre corné. Tous disent la même chose : « j’étais là, mais je savais déjà que je partirais. » Felipe Aburto et Alejandra Fuentes, à la production (Malo Records), tissent avec pudeur cet écrin mouvant, où chaque silence est plus parlant qu’un cri. C’est le chant fragile de celles qui font du déracinement un art, de ceux qui ne savent plus très bien si le mouvement est une fuite ou une renaissance.
Et la voix revient, insistante : “Una vez más a empacar, ni te he visto entrar y ya te vas.” Et toi, tu te demandes : est-ce que ce n’est pas ça, finalement, être vivant ? Se sentir chez soi dans le provisoire. Aimer juste avant de partir. Apprendre à voyager avec ses fantômes.
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