À mi-chemin entre une larme qui sourit et une vanne qui saigne, TR LE TODORAINTE dégaine avec C U B A un tube de l’âme déguisé en chanson d’été. Car derrière l’insolence solaire d’une prod bossa nova minimaliste — guitare brésilienne, nappes légères, claps doux comme une tape dans le dos — se cache une confession à ciel ouvert : celle d’un môme moche qui voulait plaire, un loser en CM2 qui rêvait de queens latinas et de love inter-ethnique dans la cour de récré. Spoiler : il a pris des vents. Et il les a transformés en feu.
La force du morceau réside dans ce décalage magnifique entre la légèreté du son — qui rappelle les grooves oniriques d’Aupinard ou les plages tristes de November Ultra si elle avait grandi avec Nekfeu — et la brutalité des souvenirs qu’il charrie. Car TR LE TODORAINTE ne fait pas que rapper ses insécurités d’enfance, il les rejoue littéralement dans une stratégie promo aussi risquée que brillante : des vidéos « réalistes » de harcèlement scolaire avec un enfant de 11 ans dans son propre rôle, mis en scène comme des vraies, qui exploseront sur les réseaux avant qu’on révèle la supercherie. But ? Délivrer un message essentiel : apprendre à s’aimer, peu importe qui on est et d’où on vient. Et surtout peu importe ce qu’on nous a dit de nous.
Ligne après ligne, il pose un regard tendre et amer sur les échos de l’enfance qu’on porte encore dans nos désirs d’adultes. « En CM2 j’étais trop tuba (moche) » balance-t-il, mi-ironique mi-brisé, avant d’enchaîner sur ce fantasme quasi cinématographique des “meufs de Cuba”. Mais derrière le swag assumé et l’écriture crue, c’est toujours le môme en survêt trop grand qui parle. Celui qui dansait seul chez lui en mimant les clips de Sean Paul et qui croyait qu’un jour, les belles filles aimeraient les moches sensibles.
C U B A c’est donc un tour de passe-passe : faire danser les gens sur un texte qui parle de honte, faire sourire en parlant de rejet, et transformer la moquerie en mélodie. Une sorte de revanche sentimentale emballée dans une prod de plage — comme si Booba avait écrit Je danse le mia après une séance chez son psy.
Un ovni ? Oui. Une bouffée d’air nécessaire ? Aussi. TR LE TODORAINTE offre ici une vraie masterclass de storytelling générationnelle, avec cette lucidité tragico-comique qui fait le charme de la Gen Z quand elle décide de parler vrai. Un futur classique de cœur pour tous les enfants moches devenus beaux, ou juste devenus eux-mêmes.
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