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Music Pop

Lena Younes sur Ways of the Dreamer : chronique d’une métamorphose à la lisière du souffle

Lena Younes sur Ways of the Dreamer : chronique d’une métamorphose à la lisière du souffle
  • Publishedmai 19, 2025

C’est un disque qui ne se contente pas d’être écouté : Ways of the Dreamer s’accueille, comme on accueille un rêve au réveil, avec lenteur, respect et un soupçon de vertige. Lena Younes signe ici un premier album d’une sincérité radicale, une traversée musicale des failles et des renaissances, composée en marge du tumulte, quelque part entre Tavira et Frome, entre la chambre d’enfance et l’éther ancestral.

Neuf titres comme autant de rituels, d’incantations douces et de confessions soufflées à demi-voix. Ce n’est pas un disque conceptuel au sens classique : c’est un disque vivant, en perpétuel équilibre entre le corps et le ciel, enraciné dans l’expérience de la maternité, du deuil, et de la mémoire transgénérationnelle.

Dès Presence, le ton est donné. Cette chanson déchirante, écrite dans le sillage direct de la perte de sa mère, pose l’un des grands thèmes de l’album : comment vit-on avec les absents ? Comment leur laisse-t-on une place dans le présent ? Lena chante comme on se souvient : lentement, avec tendresse, mais sans détour. Le morceau est un espace suspendu où l’amour et le manque s’étreignent.

Puis vient Pray, prière païenne et humble pour ceux qui cherchent encore un foyer au milieu de la tempête. Un chant de déracinement doux, une balise dans l’inconnu. Lena ne prêche pas, elle tend la main. Elle chante la foi fragile, celle qui ne repose ni sur des dogmes ni sur des certitudes, mais sur le frémissement de l’espoir au bord du gouffre.

Ways of the Dreamer, le titre éponyme, est sans doute le cœur battant du disque. Inspiré par les yeux de sa fille, c’est un morceau qui regarde le monde avec l’émerveillement brut de l’enfance. On y sent cette volonté de transmission, ce désir de construire une narration différente, moins linéaire, plus instinctive, où l’écoute du souffle guide les pas. La voix s’élève ici comme une brume lumineuse, portée par des arrangements diaphanes.

Human est peut-être le titre le plus nu, le plus dépouillé, une ballade existentielle sur la fragilité. Ce n’est pas une plainte, c’est une acceptation. Lena y assume ses failles, ses doutes, ses creux. Elle chante la condition humaine comme un espace d’accueil, de tendresse, de contradiction. C’est un morceau qui réconcilie, qui ne cherche pas à réparer mais à contenir.

Puis il y a My Daughter, co-écrit avec son père – un détail qui dit tout. L’album s’inscrit dans une lignée, pas seulement familiale, mais aussi symbolique. Ici, la voix devient fil, couture, passage. On y entend une histoire s’écrire à deux, entre générations, entre masculin et féminin, entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent.

Enfin, May You (Rise), Fallen Leaves, Hold Your Heart, I Am The Land… chacun de ces titres agit comme un mantra, une offrande, un fragment d’initiation. Chaque morceau est une étape sur un chemin de guérison, un pas vers l’acceptation, une tentative pour faire coexister les morts, les vivants et les possibles.

En parallèle de la musique, Lena prolonge son œuvre dans un livre, mêlant poèmes, paroles et réflexions sur son processus créatif. Elle ne sépare jamais l’art du soin, le chant du souffle, la musique de l’écoute intérieure. Ways of the Dreamer est une invitation à ralentir, à ressentir, à réapprendre à rêver avec le cœur grand ouvert, même lorsqu’il est fissuré.

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Written By
Extravafrench

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