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Music RnB

DBsock nous plonge dans The Journey

DBsock nous plonge dans The Journey
  • Publishedmai 21, 2025

Sous son pseudonyme de chaussette distordue, DBsock (Mingwei Gao) ne fait pas que sortir un premier EP. Elle propose une cosmogonie. Une chute céleste. Une transformation en cinq actes où chaque note, chaque silence, chaque oscillation vocale agit comme un rite. The Journey n’est pas une collection de morceaux : c’est une métaphore vivante. Une fable moderne racontée par une voix qui vient d’ailleurs, mais qui vibre avec une vérité trop humaine.

Dès Swing, l’ouverture trip hop et flottante, la narratrice se tient en observatrice, suspendue, désincarnée. La production, fine comme une dentelle glitchée, installe un monde qui hésite entre ciel et bitume, entre Portishead et une version lo-fi de Grimes. L’émotion semble filtrée à travers une brume mentale. Puis vient Grow Me the Wings, chant d’émancipation hybride, où l’art pop s’envole au rythme d’envolées vocales quasi angéliques. On pense à FKA twigs, mais aussi à une Björk plus cinématographique, moins expérimentale. La structure s’efface, le morceau respire.

Interlude marque une fracture. Tout ralentit. Le beat s’évanouit, le souffle devient tension. La chute commence. Ce n’est plus le temps de voler, mais de tomber. La voix devient matière. Grave. Terrienne. Root, comme son nom l’indique, retourne à la source. C’est là que la puissance renaît, dans la lente reconquête du corps, du sol, de la douleur même. Enfin, Outro invoque les Furies, non pas comme des vengeresses, mais comme des forces d’intégration. L’aura divine devient humaine, fêlée, combattante.

Ce qui impressionne chez DBsock, au-delà de la voix – modulée, texturée, précise comme un scalpel – c’est la conscience absolue de son récit. Rien n’est laissé au hasard. Ni la structure narrative, ni les respirations, ni les placements rythmiques. L’obsession du détail est palpable, presque viscérale. Et pour cause : chaque son semble répondre à une urgence intérieure. Son autisme, revendiqué sans pathos, devient ici un outil poétique d’une rare puissance. L’émotion n’est jamais surjouée, elle est codée, cryptée, mais ô combien présente. Une vulnérabilité à décoder, pas à consommer.

Dans The Journey, on retrouve aussi la double identité de DBsock : d’un côté, la figure divine, abstraite, presque mystique – de l’autre, une voix humaine, lucide, queer, bricolée, résolument contemporaine. Entre ces deux pôles, une tension magnifique se joue. L’articulation entre esthétique et thérapeutique est totale. Chaque piste est un pas dans le noir, mais aussi une tentative de réconciliation entre les parts éparses d’une identité.

Un premier EP radical, habité, sans concession. À la fois ésotérique et hyper-conscient, The Journey est une œuvre totale – un manifeste personnel sous forme de musique de chambre futuriste. Une offrande rare dans un monde où l’on chante souvent pour être vu. DBsock, elle, chante pour se comprendre. Et ça s’entend.

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Written By
Extravafrench

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