Il y a dans « Ten Little Indies » cette chose impalpable qui te serre le ventre sans prévenir. Pas une émotion criarde, pas un cri de révolte, non. Plutôt ce sentiment de déjà-perdu, cette mélancolie qui s’infiltre dans les interstices du quotidien — un souvenir flouté, une lumière pâle derrière des rideaux tirés. PoST, formation italienne échappée d’une chambre d’adolescent trop grand, signe ici un disque de mue, de glissement, de recommencement sous anesthésie douce.
Exit le passé brut, place à une sophistication sans frime. La disparition du bassiste fondateur aurait pu laisser le projet en friche. C’est l’inverse. Avec Daniele Maresca aux claviers, la musique se teinte de spleen digital, de nappes qui ondulent comme les souvenirs sur pellicule 8mm. Guitares cristallines, pianos retenus comme des larmes en réunion, synthés qui clignotent comme des réverbères malades.
Il y a du Air dans Love At First Glance, du Phoenix désenchanté dans January, et un soupçon de Turin Brakes dans la pureté vocale de More. Non dirmi che vient suspendre le souffle avec son italien murmuré comme une confession dans l’oreille d’un fantôme. Now Is Too Late quant à lui, s’écoute comme on relit une lettre qu’on n’enverra jamais. On ne sait pas si c’est du post-rock ou de la dream-pop ou juste du journal intime en stéréo, mais ça touche — profond.
Chaque morceau est une miniature précieuse, une tentative pour faire tenir une ville, un amour, une perte, dans une chanson. Ten Little Indies n’est pas un disque à écouter. C’est un disque à habiter. Et une fois qu’on y a posé ses valises, difficile d’en repartir. PoST ne se contente pas de faire de la musique. Ils dessinent des chambres d’écho dans lesquelles chacun peut venir déposer son cœur fatigué.
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