x
Music Pop Rock

Ben Heyworth dévoile Creatures EP : un retour habité dans les marges magiques de Manchester

Ben Heyworth dévoile Creatures EP : un retour habité dans les marges magiques de Manchester
  • Publishedmai 30, 2025

Il y a des disques qui ne cherchent pas à rugir, seulement à bruisser dans le silence, à siffler doucement dans le vent des souvenirs. Le nouvel EP de Ben Heyworth, Creatures, appartient à cette espèce rare de musique qui donne l’impression de tomber sur un carnet de bord oublié sous un banc, à Ancoats Marina, entre deux viennoiseries trop beurrées et un banc de brume qui lévite sur le canal. Après une décennie d’absence sous son propre nom, Heyworth revient comme on retrouve une maison d’enfance, un peu délavée, mais étrangement intacte.

Dans Narrowboat, morceau d’ouverture, c’est toute l’âme aquatique de Manchester qui flotte sur une mélodie d’apparence simple, mais aux recoins insidieux. Le titre, porté par une voix au grain patiné, raconte les jours paisibles et les nuits hantées sur les voies d’eau de la ville. Le piano y épouse la respiration lente de celui qui a choisi de vivre au fil de l’eau, et chaque accord semble provenir d’un rêve en gilet de sauvetage.

Image of Roads accélère sans vraiment partir. Road trip intérieur ou dérive onirique, ce morceau évoque ces trajets que l’on fait sans bouger, voiture garée sur le parking de l’imaginaire. Les synthés y vibrent comme des cartes routières froissées, les voix flottent dans une fausse lumière de station-service. Il y a du Damon Albarn là-dedans, époque The Good, The Bad & The Queen, ou même un clin d’œil spectral à Sparklehorse.

Enfin, Creature Double Feature éclate en un carnaval doucement psyché où grotesque et poésie font la roue. C’est une parade de marginaux, de figures de foire, de doubles et de monstres tendres qui se donnent rendez-vous dans les miroirs déformants de l’âme. On y croise des ravens et des cravens, des phalus fétichisés et des danseurs sans nom. Heyworth compose là une comédie humaine pleine d’auto-dérision, d’introspection farfelue, et de vérité floutée.

On aurait pu croire que le silence avait englouti Ben Heyworth, mais c’était une pause, une respiration. Avec Creatures, il revient comme un conteur revenu d’un monde parallèle, nous livrant trois morceaux tissés de brumes, d’humour pince-sans-rire et d’une nostalgie pleine de grâce. Ce n’est pas un come-back, c’est une réapparition discrète mais lumineuse, à l’image de Manchester sous la pluie, quand la ville devient cinéma.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture