Ce n’est pas un « best of », c’est une résurrection. Jaime’s Tone, alias Jacques M., remet les pendules à zéro avec un album anthologique qui ne se contente pas d’aligner les morceaux marquants de ses trois premiers disques : il les réinvente. Une sélection précise, presque chirurgicale, de onze titres qui trouvent ici une nouvelle peau, retendue par un travail de réédition et de remasterisation mené avec le mixeur Etienne Pelosoff. Le résultat : une œuvre cohérente, incarnée, qui réinjecte du sang neuf dans la machine à souvenirs.
Dès les premières secondes de « Speedy Lightning », le ton est donné. Le morceau, retravaillé dans ses textures, s’élance comme une course contre le temps, électrisée par des riffs incisifs et une voix qui claque comme une déclaration d’intention. On n’est pas là pour faire dans la dentelle nostalgique : Jaime’s Tone vise droit dans le cœur. Ce fil tendu entre urgence et introspection se poursuit avec « Appearance », plus trouble, presque opaque, où les couches sonores jouent à cache-cache avec le thème central du masque social. Le morceau, dans sa version revisitée, gagne en densité dramatique.
Puis vient « City of Dreams », errance synthétique dans une ville imaginaire où les souvenirs se superposent comme des photos mal rangées. La production plus limpide amplifie le caractère onirique du titre. À l’opposé du spectre, « War » explose. Hymne dystopique à la rage contenue, il martèle ses obsessions avec un mur de guitares saturées et une voix grave, comme surgie d’un bunker intérieur. « Under and Below » rétablit un équilibre fragile, plongeant l’auditeur dans un univers plus souterrain, plus intérieur, où chaque note semble peser son silence.
Avec « Take a Chance », Jaime’s Tone revient vers un format plus lumineux, presque radio-friendly, mais sans rien céder à la sincérité. C’est une bouffée d’air, fragile mais déterminée. Puis « May ’84 », sommet du disque, bouleverse tout. Véritable capsule temporelle, ce morceau culte sonne comme un film perdu de la new wave française, entre nappes brumeuses et beats mélancoliques. Une masterclass de synthétisme émotionnel, aujourd’hui enrichie par une relecture plus nette, plus ample.
« Genius », toujours aussi ambigu, se moque ou s’admire, on ne sait pas. Dans sa version rééditée, il mord plus fort, comme une déclaration ironique dans un miroir fêlé. « Wake Up » secoue, mais doucement : l’alerte est douce-amère, portée par une progression émotive subtile que le nouveau mix vient renforcer avec finesse. « Number One », faussement pop et joyeuse, joue sur le fil entre rêve d’ego et réalité de l’oubli, le tout dans une légèreté quasi dansante.
En guise de clôture, « The Cloudy Element » remixé par Electrosoff ouvre une porte vers une autre dimension. Ce morceau, initialement discret, devient ici une bulle électro onirique, flottant quelque part entre le post-rock et la dreamwave. Une conclusion aérienne, comme un regard dans le rétroviseur après la traversée.
Best of Jaime’s Tone est une preuve que le passé peut s’écrire au présent, que les chansons ont plusieurs vies, et que l’indépendance artistique n’empêche ni l’ambition, ni la cohérence. Ce disque est une mémoire réanimée, une fiction personnelle devenue manifeste sonore. Jaime’s Tone, cinq ans après ses débuts, ne fait pas le point — il trace de nouvelles lignes.
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