Une porte claque dans un couloir vide. Une guitare rugit comme un souvenir mal digéré. Et puis le cri — pas celui de la rage pure, non, mais celui d’un adolescent devenu adulte qui n’a jamais tout à fait guéri. Wired Shut ne prévient pas. Il surgit. À la croisée des années Myspace et des tourments contemporains, ce duo entre Jackson Sadinsky et Shinigami ressuscite les braises du néo-métal et les gonfle de tendresse malsaine et de fureur contenue. C’est comme si un fantasme de gosse — jouer dans Underworld en étant triste pour de vrai — se matérialisait dans les entrailles d’un studio DIY new-yorkais.
On reconnaît tout de suite la patte de Shinigami, cet ancien enfant terrible de l’emo-rap qui s’est frotté à la distortion comme on se jette dans les bras d’un ex. Son chant brisé se greffe à celui de Sadinsky avec la douceur d’un éclat de verre sur la langue. À la guitare, Rajit Sachdeva tisse une toile de fond aussi dense que poisseuse, un clin d’œil assumé à Slipknot, Deftones, et les heures fiévreuses passées à réécouter Meteora dans une chambre tapissée de posters.
Mais sous l’épaisseur du son, ce n’est pas une simple nostalgie qui palpite. Wired Shut est un cri très contemporain, bourré d’auto-dérision et de lucidité. Le morceau convoque l’angoisse post-ado avec une maîtrise impressionnante, une production précise, jamais trop propre, juste assez blessée pour être honnête. On sent que rien n’a été laissé au hasard, pas même les silences. Et dans ce vacarme maîtrisé, ce chaos orchestré, on entend enfin une vérité nue : l’emo n’a jamais disparu, il a simplement changé de peau. Ce titre en est la preuve palpitante, vibrante, inextinguible.
À écouter seul, casque vissé, pluie sur les vitres.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
