Ce n’est pas juste un album qui vous attend dans cet article, c’est une plaie béante. Un journal intime hurlé dans un mégaphone cassé. Une lettre de rupture à la réalité écrite en lettres de sang, de bière éventée et de souvenirs mal rangés. In All My Nightmares I Am Alone, cinquième longue traversée signée Post Death Soundtrack, est un disque qui ne s’écoute pas — il se traverse, comme un champ de mines émotionnel, avec pour seule boussole la voix incantatoire et tremblante de Stephen Moore.
Si vous cherchez des repères, oubliez-les. Ou alors, imaginez une collision frontale entre les relents industriels de Skinny Puppy, les ballades fantomatiques de Jeff Buckley période Sketches for My Sweetheart the Drunk et l’autodestruction romantique de Kurt Cobain. À la différence près que Moore ne joue pas à faire peur : il vit ce qu’il chante. C’est un homme en feu qui vous tend l’allumette.
L’album s’ouvre sur TREMENS, enregistré pendant une crise réelle de delirium tremens — soit un moment où la mort rôde à 15 % de probabilité. Le son est sale, la voix est possédée, la structure explosive : rien n’est lisse, et c’est justement ce qui vous attrape à la gorge. Plus loin, A Monolith of Alarms érige un hymne gothique pour les sans-voix, quelque part entre Front Line Assembly et un manifeste post-apocalyptique chuchoté à l’oreille d’un cadavre.
Et puis surgissent les fantômes de beauté inattendue : River Man, reprise dépouillée et magnifiquement bancale de Nick Drake, enregistrée à l’arrache en 2010, ou We Fall, déchirure minimale qui tient à peine une minute mais qui pourrait fendre la colonne vertébrale à quiconque a déjà perdu un pilier dans sa vie. Something Stirs, entre conte morbide et règlement de comptes personnel, hante durablement — comme si les monstres de l’enfance s’étaient réincarnés dans les mauvais choix de l’âge adulte.
Moore fait de la musique comme on crie dans une pièce vide pour vérifier qu’on existe encore. Trip-hop, doom, post-punk, gothique, grunge, musique concrète, folk déviant : ce patchwork de styles n’est jamais là pour épater. C’est un instinct de survie sonore. L’album, fleuve noir de 30 titres, tient miraculeusement debout sur la seule cohérence qui vaille : celle de la nécessité.
In All My Nightmares I Am Alone est trop long, trop dense, trop chaotique. Et c’est pour ça qu’il est essentiel. Parce que dans ses excès, ses failles, ses fulgurances de beauté inattendue, il ose dire ce que beaucoup de disques éludent : que l’art peut être une chambre d’hôpital, une cave humide, un abri de fortune. Ou un miroir. Pour les autres. Pour nous. Pour lui.
Et à la fin, il ne reste que ça : la vérité. Crue. Dérangeante. Et impossible à ignorer.
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