Il y a des voix qui ne vieillissent pas. Elles se planquent, silencieuses, dans les interstices du temps. Elles traversent les villes, les ruptures, les maternités, les déceptions industrielles, les jingle studios, les relectures d’anciens carnets de chansons — et quand elles reviennent, elles ne demandent pas la parole. Elles la reprennent. Patti Zlaket est de cette race-là. Rare. Pas discrète : exigeante. Et Tunes [Deluxe Edition], troisième réédition remasterisée de sa discographie oubliée, agit comme une réapparition en plein jour. Elle ne revient pas dans l’industrie : elle revient dans nos vies.
Avec l’aide précieuse de Blake Morgan (le boss de Meridian, qui a offert à Lesley Gore ou Janita quelques-unes de leurs plus belles secondes chances discographiques), Zlaket ne se contente pas d’un dépoussiérage. Elle nous tend Tunes comme un miroir. Celui de ses années californiennes, de ses débuts pleins de promesses, de ses collaborations fébriles, de ses esquisses de grandeur pop artisanale. C’est un disque de transition qui, en version augmentée, devient une œuvre pivotale. À l’époque, elle écrivait en miroir, sur l’amour qui vacille et l’attente de la métamorphose. Aujourd’hui, on l’écoute comme on relit un carnet de bord, avec une acuité douloureuse.
Ce qui frappe, ce n’est pas tant la justesse mélodique — toujours là — ni même cette voix de gorge, au bord du souffle mais jamais du pathos. C’est ce qu’il reste de l’élan. La mélancolie ici est active. Elle fabrique des architectures. Dans Tunes, le piano s’efface souvent pour laisser respirer l’intimité. Les titres bonus, comme Waiting For The Cue avec Wayne Johnson à la guitare, ne sont pas là pour meubler : ce sont des révélateurs. Ils éclairent les morceaux originaux d’une lumière nouvelle. Ce n’est pas un simple ajout d’inédits, c’est une recontextualisation sensible de toute une époque personnelle.
Les fantômes de Carole King, de Laura Nyro et de Judee Sill passent comme des ombres bienveillantes sur les ballades les plus dépouillées. Mais ce n’est pas un hommage. C’est une cousine tardive, qui chante avec les mêmes silences, les mêmes failles. C’est un disque qui respire. Qui pleure aussi, parfois, mais en silence.
Tunes [Deluxe Edition] est moins une réédition qu’une conversation reprise là où elle s’était interrompue. À l’heure où tout doit aller vite, Zlaket nous impose la lenteur du sentiment vrai. C’est peut-être ça, la vraie modernité. Revenir sans prévenir. Chanter sans s’excuser. Écouter sans oublier.
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