C’est une épopée. Une cérémonie sonore pour les vivants, les absents, et les âmes en transition. Elegy, neuvième album studio de Sound Liberation, n’est pas qu’un hommage, c’est un manifeste. Un disque-monde, né dans les cendres du deuil, mais qui pulse d’une vitalité radicale. Dirigé par le prolifique et inclassable Gene Pritsker, cet ensemble polyforme convoque jazz de chambre, hip-hop spirituel, funk spectral, opéra mutant et spoken word cosmique — et brûle les dogmes au passage.
À l’image de son titre, Elegy creuse la perte, mais jamais en silence. « Dealing With It », écrit en mémoire de Sean Satin, groove comme un blues électronique échappé d’un rêve de J Dilla et Mahler. « Strive », où rappe l’ami défunt David Gotay, fait vibrer le hip-hop comme une invocation. Et puis il y a les morceaux live, captés à l’Outreach Festival ou à Joe’s Pub, qui restituent la déflagration organique de Sound Liberation sur scène : débridée, collective, généreusement chaotique. Mention spéciale au furieux « K’nuf Funk », concentré d’adrénaline jazz-funk avec une Lara St. John possédée au violon.
Sur Elegy, on entend tout ce qui rend Pritsker si rare : cette façon de superposer l’émotion brute à des architectures musicales complexes, de convoquer Brahms ou un slam d’Imelda O’Reilly sans jamais perdre le beat. Ce n’est pas un collage, c’est une osmose. Les styles ne cohabitent pas : ils fusionnent, se nourrissent, se transforment.
Il faut écouter « The Cauldron », avec un texte de Robert C. Ford qui tourbillonne au-dessus de lignes de basse abyssales, ou « Petrichor » et « Alpha », signés Oliver Marec, pour saisir cette vision : Elegy est une tentative de traversée — celle du deuil, oui, mais aussi des frontières musicales, identitaires, humaines.
Ce disque est une cérémonie. Un chaos sacré. Un chant d’adieu qui devient cri de vie. Gene Pritsker ne veut pas faire du genre : il veut libérer le son. Mission accomplie.
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