C’est une nuit sans fin, un cri intérieur contenu depuis plus d’une décennie, enfin hurlé à la face du monde. Le photographe et musicien bulgare Ivan Shishkov, en solitaire presque mystique, signe avec WHEN YOUR DEMONS COME le premier album de son projet BRAINMAZE, fruit d’un lent et obsessionnel combat avec soi-même. Onze titres, onze gouffres. Un labyrinthe de chair, de métal et de peur. Et surtout, la preuve que la musique peut être à la fois une arme et un miroir.
Chaque note ici naît du bois brut d’une basse – celle d’Ivan – instrument primaire, viscéral, compagnon d’ombre avec lequel il compose toutes ses lignes. Le reste s’est tissé dans les interstices du temps : les nuits, les insomnies, les silences lourds de sens, les collaborations à distance avec des musiciens éparpillés entre l’Argentine, l’Ukraine, le Venezuela ou encore le Royaume-Uni. Rob Davies prête sa voix aux abîmes, Ramon Martinez et German Maldonado déchirent l’air de guitares tantôt tranchantes, tantôt rampantes. Et sous l’armure, une rythmique implacable (merci à Fabian Carrion Troya et David Mendez), rattrapée dans les limbes par le mix précis d’Ilarion Ivanenko et le mastering de Colin Davis (Imperial Mastering).
Le disque entier tient sur un fil – celui tendu entre lucidité et effondrement. “Fear”, “Spite”, “Despair”, “Hatred”, “Uncertainty”… Chaque morceau porte le nom d’un démon familier. Mais loin de glorifier la noirceur, BRAINMAZE la confronte. Shishkov ne romantise pas la douleur, il l’anatomise. Sa musique est frontale, rugueuse, sans fard – et c’est justement là qu’elle touche. Car sous l’agressivité assumée du son (entre metal progressif, sludge, et un zeste de doom), c’est l’ultra-sincérité qui fait mouche. Pas de pose, pas de posture. Juste un homme face à lui-même.
Le climax émotionnel arrive avec “I’m Terrified”, où l’aveu – simple, brutal – éclate enfin. Le disque se termine dans un murmure : “…”, 17 secondes de silence comme un trou noir après la tempête. Parce qu’il faut bien que quelqu’un regarde les monstres dans les yeux.
Ivan Shishkov dit : « Ce disque a vécu dans ma tête pendant plus de 10 ans. » On comprend pourquoi il n’en ressort pas indemne. Et nous non plus. WHEN YOUR DEMONS COME est un exorcisme. Un grand disque de metal, oui. Mais surtout, un manifeste d’humanité nue dans un monde où l’on préfère souvent fuir ses ombres plutôt que de leur donner une voix.
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