Il n’y a pas d’explosion. Il y a le souffle lent, d’abord, d’un vent ancestral. Le battement d’un cœur millénaire. Puis viennent les pulsations — droites, profondes, organiques — comme les pas d’un maître traversant une montagne dans le silence. SUNK, artiste originaire de Pékin, revient avec Taiji Zhang Sanfeng, premier single d’un album à paraître, The Waymaker, et l’on comprend dès les premières secondes qu’on ne parle pas ici d’une simple track techno, mais d’un rituel électronique enraciné dans la sagesse taoïste et la rage contemporaine.
Inspiré par la figure mythique de Zhang Sanfeng, fondateur supposé du Tai Chi, SUNK sculpte un morceau qui pulse comme une artère cosmique. Pas d’ornement inutile : chaque texture est pensée comme un geste martial, chaque silence est un équilibre entre ombre et lumière. On y entend des extraits vocaux tirés des classiques du roman Wuxia (Heaven Sword and Dragon Saber de Jin Yong), intégrés non pas comme gimmicks culturels mais comme piliers narratifs. La phrase “laisse-le être féroce, la brise caresse toujours la colline” résonne comme un koan, enveloppée d’acid-lignes grondantes et de nappes synthétiques qui semblent prêtes à imploser.
La production est millimétrée, épurée, et pourtant jamais froide. Il y a dans la maîtrise des crescendos, dans le placement des breaks, une tension digne des plus grands sets de Charlotte de Witte — influence revendiquée — mais ici transposée dans un autre espace-temps. Là où les clubs occidentaux cherchent la transe dans la saturation, SUNK l’atteint par la retenue. C’est une techno d’introspection et de résistance, une danse de l’intérieur.
Taiji Zhang Sanfeng ne fait pas que sonner : il enseigne. Il murmure que la force n’est pas dans l’impact, mais dans la maîtrise du vide. SUNK ne copie pas, elle canalise. Et ce premier extrait laisse entrevoir un album qui pourrait bien, loin des clichés exotiques, redéfinir ce que peut être une musique électronique véritablement enracinée — à la fois spirituelle, radicale et universelle.
À écouter comme on lirait un sutra oublié sous un stroboscope.
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