Fan Club Orchestra sur An Insane Portrait : l’album qui fait danser les ombres et parler les silences
À l’écoute de An Insane Portrait, réédité par Sonig et distribué par Morr, on a le sentiment d’entrer dans une maison abandonnée, tapissée d’échos et de souvenirs flous. Comme une bande originale retrouvée dans un grenier, celle d’un film qui n’a peut-être jamais existé mais qui pourtant nous hante. Lawrence Le Doux et Ann Appermans y construisent un monde parallèle où chaque titre devient un rituel, chaque note une incantation.
La Corse ouvre ce voyage avec une tendresse insulaire. Les arpèges semblent flotter comme des vagues caressant la roche, portés par une basse discrète et des textures électroniques qui se déplient lentement. Il y a ici l’odeur du sel, la chaleur d’un après-midi méditerranéen, mais aussi une ombre qui guette derrière le paysage, un souvenir qu’on n’arrive pas à nommer.
Puis La Tempête surgit. Ses presque sept minutes dressent un orage sonore : basses grondantes, mélodies distordues, rythmes qui se fracassent comme des éclairs. C’est un morceau qui avance, menaçant, hypnotique, jusqu’à devenir une transe. On imagine les rideaux voler, les murs trembler, et nos propres pensées emportées dans le vent.
Vieille Bruce Lee surprend par sa légèreté apparente. Derrière le clin d’œil espiègle du titre, la ligne de basse joue à cache-cache avec des boucles électroniques qui crépitent comme des étincelles. On y sent l’humour discret du duo, cette capacité à teinter leur univers d’un second degré presque pop sans jamais rompre la magie.
Sur Bound Together, la mélodie se fait plus intime, presque chuchotée. Ce court morceau de trois minutes ressemble à un journal intime laissé ouvert sur une table. Il est question d’attachement, de liens invisibles, de deux êtres liés par une force que ni le temps ni l’espace ne peuvent effacer.
Avec Licenciée En Tarot, on bascule dans un territoire mystique. Les accords mineurs et les textures saturées évoquent une lecture de cartes tardive, une pièce éclairée par des bougies, un parfum d’encens dans l’air. Ann Appermans y laisse filtrer une mélancolie douce, comme une confidence à peine murmurée.
Bras De Sorcière est le morceau le plus tactile de l’album. Ses percussions fragiles et ses motifs répétitifs donnent l’impression d’un rituel ancien, une danse où les mains dessinent des formes dans l’air. Chaque boucle est une incantation, chaque pause un souffle retenu.
Enfin, Le Cri Du Barbu clôt l’album dans une ampleur quasi cinématographique. Huit minutes d’ascension et de déflagration. C’est une odyssée sonore où les textures s’empilent, se déchirent, se reconstruisent. On y entend les murs respirer, le plancher craquer, la voix du barbu – peut-être celle de Josée Andrei elle-même – se perdre dans un cri cathartique qui résonne longtemps après la dernière note.
An Insane Portrait est un disque d’interstices : entre le silence et le son, la lumière et l’ombre, l’humour et le tragique. Sa réédition en cassette n’est pas anodine : ce format fragile prolonge l’impression d’écouter un artefact, un objet hanté par l’histoire d’êtres marginaux, puissants, libres. C’est une œuvre qui ne vous demande pas de comprendre, mais de ressentir.
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