Sur la côte d’Oaxaca, un homme assis sur un rocher fixe l’océan. Le sel brûle ses lèvres, le soleil martèle ses paupières closes. Autour, les vagues martèlent les pierres comme des percussions primitives. Dans ce moment suspendu, des basses, des trompettes et des slogans émergent de la réverbération du monde. Plus loin, un rire éclate – franc, libre, presque irréel – celui d’une jeune Mexicaine dont l’écho se gravera dans deux titres de l’album. Et sur un mur décrépit, un avertissement griffonné en lettres noires : Your Comfort Zone Will Kill You. La vision est là, brutale et entière. L’album existe déjà dans les interstices du réel, il ne reste qu’à le faire jaillir.
De cet instant hallucinatoire à l’exil volontaire dans les montagnes portugaises, deux ans de labeur obstiné façonnent une œuvre qui tient de l’incantation et du manifeste. Your Comfort Zone est une traversée sensorielle, une cartographie d’émotions où la cumbia flirte avec le global beat, où le militantisme épouse la transe collective. Chaque morceau est une escale, une rencontre, un fragment d’utopie.
You Are The Revolution ouvre la marche comme un coup de semonce, une charge de cuivres et de percussions qui invite à la désobéissance joyeuse. Soy Un Bohemio chaloupe dans des volutes de chaleur, Together réunit les voix dans une communion douce-amère, Tolerance et Palestinian Children lacèrent l’air de leur urgence, de leur gravité sans détour.
Dans Freedom Preacher et Freedom, la danse devient prière, une transe où les corps se libèrent autant que les esprits. Puis My Body My Choice gronde comme un slogan arraché à une manif de rue, quand Vamos A Nadar offre une accalmie liquide, un rêve de nage sous lune.
Le morceau-titre Your Comfort Zone Will Kill You condense tout : la rage, la tendresse, le groove brûlant d’un Manu Chao réinventé, l’élan d’un Fat Freddy’s Drop en fièvre tropicale, la finesse de production d’un Nitin Sawhney au sommet. Les deux derniers titres, Ya Sobrevivi et Resist, Push Back!, ferment la procession comme des cris de ralliement, des échos d’espoir dans la nuit.
Produit en collaboration avec Marc Mennigmann, cet album refuse l’étiquette. Trop riche pour être assigné à un genre, trop vivant pour rester immobile. C’est une créature en mutation constante, qui respire, sue, danse et proteste. Un appel à embrasser l’inconfort, à brûler sa zone de confort pour retrouver le feu du monde. Dans un contexte où les voix dissidentes sont muselées, Peyoti For President signe une œuvre nécessaire, dangereusement contagieuse.
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