Karen Salicath Jamali nous offre une pause en piano avec Angel Haniel’s Clearing
Tout commence dans un silence qui n’est pas un vide mais une respiration. Le genre de silence dense qu’on trouve au petit matin, quand la lumière hésite encore à entrer. Puis les notes arrivent, pas comme un flot, plutôt comme des pierres posées une à une dans un jardin zen. Karen Salicath Jamali ne joue pas du piano, elle semble l’écouter.
Angel Haniel’s Clearing est une pièce qui échappe aux catégories. Piano contemporain ? Méditation sonore ? Peu importe. Ce qui frappe, c’est la sensation de se tenir au bord de quelque chose de sacré, comme si chaque accord dégageait un voile de poussière pour révéler un chemin. Le jeu de Jamali est lent, retenu, mais derrière cette retenue on sent une force : celle d’une femme qui a frôlé la mort et en a rapporté un langage qu’aucun conservatoire n’enseigne.
L’histoire est connue : en 2012, une expérience de mort imminente a libéré chez elle une aptitude inexpliquée à composer. Depuis, plus de 2 500 pièces, huit albums, huit passages à Carnegie Hall. Mais ce qui étonne, ce n’est pas le chiffre, c’est la constance de cette voix intérieure qui transforme la douleur en art lumineux.
La production signée Maria Triana sublime le moindre souffle de l’instrument. On y entend presque le bois vibrer, les marteaux respirer. Rien n’est lissé à outrance : chaque micro-bruit rappelle la physicalité du piano, la proximité des mains et de l’âme.
Angel Haniel’s Clearing est moins une œuvre qu’une expérience. Elle ne se consomme pas, elle se traverse, yeux fermés, pour laisser la musique dissoudre l’agitation. À l’heure où tout s’accélère, Karen Salicath Jamali offre un espace où ralentir devient un luxe, presque une rébellion. Et dans ce luxe, il y a la grâce.
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