Un souffle de synthé 80’s ouvre la porte, des batteries polyrythmiques s’y engouffrent comme un taxi de nuit qui refuse l’arrêt. STORIES n’implore rien, il pulse. Jaeschel construit ici un territoire tiers, un no man’s land sonique entre Afrobeats, pop-rap et hyperpop, où l’on avance au groove tout en mordant sa langue. Le sujet ? Cette tentation universelle d’écrire “on se parle ?” à 2h14, puis d’avaler le message parce que le silence protège mieux que la vérité.
La production a ce grain fluorescent d’une VHS rembobinée : claviers au chrome tendre, basses élastiques, kick sec comme un texto qu’on ne devrait pas envoyer. Les patterns de percu charrient l’Afrique de l’Ouest dans leurs syncopes, mais la skyline est clairement américaine, silhouettes digitales et stroboscopes émotionnels. Premier choc, la voix de Jaeschel — posée, claire, presque pédagogique — trace la ligne narrative : on retient, on respire, on danse quand même. Deuxième choc, les featurings. Azara apporte la braise : timbre satiné qui s’enroule autour de la rythmique, repart en arrière-contretemps, et laisse des étincelles sur chaque fin de phrase. hoondae, lui, découpe à la lame fine, flow millimétré, petits sauts mélodiques à la frontière du chant, exactement là où l’aveu se transforme en punchline.
Ce qui séduit, c’est la dramaturgie du non-dit mise en club. Les synthés ne s’épaississent jamais pour masquer le manque ; ils l’éclairent. La topline accroche sans grimper au plafond, comme une main sur l’épaule plutôt qu’un feu d’artifice. Les détails font la diff : reverb courte pour laisser respirer les silences, hi-hats qui déboulent puis se taisent, micro-distorsions dans les pads comme des messages effacés qui laissent une trace. On entend la double appartenance — ghanéen de naissance, américain d’influence — non pas comme une posture, mais comme une mécanique interne : le morceau bascule d’une rive à l’autre sans passeport, et c’est précisément là qu’il devient personnel.
STORIES n’étale pas la peine, il lui trouve un tempo. C’est une chanson pour bouger la tête en regardant le téléphone face contre table, pour accepter que la dignité a parfois un beat à 100 BPM. Entre retenue et chaleur, Jaeschel signe un single qui refuse de choisir entre cœur et club — et, mine de rien, c’est comme ça qu’on écrit un tube durable.
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