Premier contact : une sensation d’air neuf dans les poumons, comme après un orage. Reborn ne cherche pas l’approbation, il réclame la place qui lui revient. Amara Fe ne sort pas d’une école de styles, elle descend d’une lignée : salon familial, jam d’oncles à Tulsa, carnet de grand-mère qui écrivait pour Minnie Riperton. L’héritage n’est pas une vitrine, c’est un outil. On entend cette transmission dans la façon dont la voix attaque la matière, avec un vibrato court, une assise médium et des attaques qui préfèrent la franchise à l’esbroufe.
Sur le plan sonore, Reborn respire la décision. Production centrée sur la voix, architectures claires, percussions à la main qui se frottent aux drums digitaux, basses arrondies mais nerveuses, synthés qui ouvrent des fenêtres plutôt que de colmater. Pas de mur du son inutile : l’espace est pensé, la stéréo raconte. On devine des choix nets au mix — un bas du spectre tenu pour laisser le kick parler, des médiums soyeux qui portent l’émotion, des aigus polis pour le replay value. C’est de la soul contemporaine qui flirte avec la pop et le R&B sans se dissoudre, une écriture qui assume la mélodie comme vecteur principal et l’harmonie comme mémoire.
La narration, elle, épouse la trajectoire d’une songwriteuse qui cesse d’attendre qu’une industrie l’adopte. Le passage en mode “je fais tout” se traduit par une cohérence rare : métriques qui varient sans perdre le corps, hooks discrets qui ne forcent jamais, ponts utilisés comme révélateurs et non comme gadgets. Les morceaux avancent par scènes : portraits intimes, instantanés d’observation, micro-fictions sociales. La lumière vient souvent d’un détail de timbre ou d’un contrechant discret qui bascule l’atmosphère de la confidence au manifeste.
Ce disque se distingue par son rapport au temps. Reborn ne court pas après une tendance, il installe un tempo existentiel : pas trop rapide pour laisser l’émotion s’écrire, pas trop lent pour perdre la chair. On pense à la soul des années soyeuses, à des textures synthétiques qui caressent plutôt qu’elles n’engloutissent, à une écriture frontale qui préfère la vérité des contours à la pose dramatique. Amara Fe transforme ses influences en topographie personnelle : pas de citation, des réinventions.
Au bout du voyage, l’impression persiste que l’artiste a réussi une opération délicate : reconnecter l’héritage et la modernité sans nostalgie ni cynisme. Reborn porte bien son nom : renaissance contrôlée, chaleur tenue, groove habité. Un premier long qui ne joue pas la carte de l’introduction polie, mais celle de l’identité affirmée. On sort avec la conviction que la suite exigera des systèmes audio honnêtes, des scènes à taille humaine et une écoute qui ne triche pas. Exactement ce que la pop-soul devrait viser en 2025 : la justesse avant la vitesse, la peau avant la posture.
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