Je me surprends à sourire en entendant The Old Songs, comme si quelqu’un avait griffonné une caricature de mon propre rapport à la musique et l’avait mise en rythme. Pas un sourire candide, non, plutôt ce rictus complice qu’on offre à l’absurde. Map of the Woulds ne se contente pas d’écrire un single, ils dressent un paysage instable où la nostalgie devient un terrain miné, un décor que l’on traverse en claquant des doigts et en traînant des ombres.
Woody Frank, Andrew Woods et Adrian Woods forment un triangle à la fois fragile et indestructible. Leur trio, c’est une sorte de Rubik’s Cube sonore : chaque face tourne, se réarrange, se contredit, et pourtant l’ensemble reste cohérent. La guitare gratte comme un scalpel, la basse ricane et rebondit comme une balle de caoutchouc, la batterie ne suit jamais, elle dévie, elle feinte, elle oblige à réapprendre à marcher sur un rythme neuf. Les voix surgissent en chœur comme des apartés ironiques, presque des bulles de bande dessinée.
Ce morceau est à la fois sec et luxuriant. La production refuse les artifices, mais derrière chaque note se cache un clin d’œil, une torsion, une mini-provocation. Ce n’est pas la nostalgie qui s’exprime, c’est son fantôme, celui qui s’invite à la table pour se moquer des vivants. The Old Songs ne flatte pas la mémoire, il la déconstruit, l’éparpille et la remonte à l’envers, comme si Joy Division avait décidé de se marrer un bon coup en studio avec Talking Heads.
Ce qui rend cette sortie singulière, c’est sa capacité à rendre l’absurde immédiatement digeste, presque pop. Map of the Woulds joue avec les contradictions, mais transforme chaque angle en hook, chaque idée grinçante en groove dansant. The Old Songs, c’est la lucidité qui s’habille en fête, une satire qui ne condamne pas mais qui invite à danser sur les ruines.
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