Certains albums se consomment comme une playlist, d’autres se vivent comme un trajet. B-Emo appartient à cette seconde catégorie : pas un assemblage de morceaux, mais un arc narratif où chaque titre tient le rôle d’un chapitre. Mark Masguro, depuis son home studio zurichois, a conçu une fresque électronique où les genres se télescopent et s’hybrident, mais où les émotions tiennent toujours le premier rôle. Plus qu’un disque, c’est un manifeste : l’émotion n’est pas un choix, c’est une ligne de vie.
Whispers ouvre l’album comme une confidence murmurée à travers les machines. Tout est dans la suggestion : nappes synthétiques diaphanes, pulsations qui respirent plus qu’elles ne martèlent. On entre dans l’intime sans voyeurisme, comme si Masguro installait un clair-obscur sonore avant de lancer la dramaturgie. Puis Devil’s Trap, épaulé par Kael Sott et Beatman, renverse la table. Ici, les beats claquent, les voix cognent, les mélodies se font abrasives. C’est l’ombre qui répond à la lueur d’ouverture, un piège rythmé où tension et catharsis s’entrechoquent.
Avec Summer Night’s Dream – Extended Version, l’album prend un virage presque hédoniste. Six minutes étirées comme une nuit d’été sans fin, où la house se pare de textures cinématiques. On entend l’écho des dancefloors passés, mais réinjectés dans une sensibilité contemporaine. From the Edge to the Rise: A Fight for Light – Radio Edit est son contrechamp : condensé en quatre minutes, tout est urgence, combat, montée lumineuse. La trance affleure, mais sous un vernis moderne, jamais cliché.
Get Down s’affirme comme l’instant club frontal, une injonction au lâcher-prise pur, tandis que Freedom – Extended Mix élargit le spectre : six minutes qui respirent, une montée progressive vers une libération presque spirituelle. Puis My Son, My Life casse la dynamique pour la transformer en prière électronique. On y sent le personnel, la filiation, la tendresse : la techno devient autobiographie. Who Is This? revient dans le mystère, groove minimal et question existentielle emballée dans un beat sec.
Choose Your Fight, porté à nouveau par Kael Sott, ramène l’album vers une énergie combative, presque rap-électronique, tandis qu’Illusory World installe une ambiance trouble, entre rêve et désorientation. Super Sleep Less pousse l’hyperactivité à l’extrême : un track nerveux, insomniaque, qui bat au rythme d’une ville qui ne dort jamais. She Looks Like Me – My Son, My Life Remix transforme la tendresse initiale en miroir déformant, un autoportrait sonore qui questionne l’héritage et la ressemblance.
Bleeded Out, avec Ariana Celaeno, redescend vers une gravité douloureuse : atmosphère sombre, textures presque gothiques dans un cadre électronique, un climax émotionnel. Bitter Pill poursuit dans cette veine, mais sous forme condensée : une morsure brève, directe. Love Has Gone, lui, étire la blessure, morceau cathartique où la nostalgie prend des allures d’hymne électronique. Enfin, Easy conclut le voyage par une respiration inattendue : un souffle plus apaisé, comme si le disque s’éteignait en douceur après l’orage.
Ce qui relie ces morceaux disparates, c’est la rigueur de Masguro : chaque texture, chaque break, chaque silence sert un récit. On sent la main d’un DJ devenu architecte sonore, capable d’utiliser ses influences — Italo-disco, acid house, trance, hip-hop, synthwave, ambient — pour construire une cartographie intime. B-Emo se lit comme un journal de bord des émotions, mais avec la pulsation d’un club fantasmé.
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