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Music Pop

Jon Gold nous touche avec Lullaby for a Dream

Jon Gold nous touche avec Lullaby for a Dream
  • Publishedaoût 25, 2025

Je ferme la lumière, j’ouvre le morceau, et tout change d’altitude. Jon Gold, qu’on connaît pour ses harmonies post-bop et ses escapades brésiliennes, range la virtuosité dans son étui pour écrire à l’enfant qui n’est jamais venue. Lullaby for a Dream n’a rien d’une démonstration : c’est un aveu déposé au bord du piano, entre deux respirations. On entend le pas de côté assumé — un pas vers les brumes britanno-gaéliques, cette sobriété incandescent­e à la Julie Fowlis ou Jackie Oates — et la main d’un compositeur qui sait que le moindre frottement vaut mieux qu’un feu d’artifice.

La voix de Ditty Wish tient le centre comme une flamme qu’on protège du vent : grain clair, vibrato très court, diction qui refuse l’emphase. Elle ne survole pas l’harmonie, elle la touche. On devine que la pièce s’est écrite à deux, dans le détail : phrasés retouchés pour épouser l’inflexion d’une syllabe, fin de cadence allongée pour laisser vivre un souffle, ornement retenu parce que le sens passe mieux nu. C’est là que Gold reste Gold : sens des voicings qui évitent la facilité, gestion précise des résonances, science du silence. La pédale n’est jamais sentimentale ; elle dessine un halo utile, comme une veilleuse.

Production côté clair, dynamique respectée : médiums choyés pour la proximité, haut du spectre poli (zéro éblouissement), bas discret pour que la berceuse garde ses contours. Aucun sucre inutile, aucun reverb-sirops : l’espace est réel, presque tactile. Le thème harmonique caracole à petite vitesse, entre modes et tonalité, et la mélodie signale l’amour sans brandir la bannière. C’est la délicatesse qui fait loi.

Le plus bouleversant reste l’adresse. On comprend vite que ce rêve n’est pas conceptuel ; c’est un manque qui a appris à parler. Lullaby for a Dream transforme la plainte en soin — pas de pathos, une promesse : dors en paix, je veille, même si je ne t’ai pas tenue. La chanson réussit cet équilibre rare entre musique de chambre et chambre d’écho intime. Elle s’inscrit dans la tradition des lullabies qui ne bercent pas seulement les enfants, mais ces parts de nous qui n’ont pas grandi à temps.

En quittant l’écoute, je garde la sensation d’un verre d’eau posé sur un rebord : simple, transparent, indispensable. Jon Gold rappelle qu’un grand musicien n’est pas celui qui joue beaucoup, mais celui qui sait s’arrêter à l’endroit exact où l’émotion devient forme. Lullaby for a Dream n’ajoute rien au vacarme du monde ; elle ouvre une porte, très doucement, et te laisse traverser.

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Written By
Extravafrench

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