Je me surprends à monter le volume comme on pousse une fenêtre vers la nuit : l’air se densifie, une harpe étincelle, les cordes s’empilent en vagues, puis la voix râpeuse d’Alex découpe le décor. reach the stars n’est pas un album « à thèmes » ; c’est une chambre d’échos où la dramaturgie pop avale l’orchestre et recrache du rock, avec l’entêtement d’un artisan qui préfère la suture visible aux coutures invisibles. On y ressent une obsession du relief : pianos en avant, guitares au burin, harpes et violons en éclats de mica, saxophones en lignes de fuite. Ce n’est pas sage, c’est vivant.
Côté architecture sonore, le mix de Stephan Steiner fait dialoguer massif et précis : bas du spectre tenu (basse propre, kicks organiques), médiums généreux pour le grain vocal et la pâte des cordes, aigus polis qui laissent respirer les harmoniques. Le master de Dan Suter maintient la dynamique : ça grimpe, ça retombe, ça repart, sans laminer les crêtes. Résultat : un disque dense qui ne s’écrase pas, taillé pour les enceintes honnêtes autant que pour le casque.
Le voyage commence avec we knew it all, prélude harpe + cordes où la voix d’Alex tranche comme un couteau dans une toile. give me the keys muscle le propos : batteries organiques, violons en contre-chant, guitare acoustique qui griffe la métrique. see me there injecte du sax (Dima Faustov) et un piano plus sec, parfait pour serrer la focale. desert island ouvre grand le cadre : toms cinématographiques, harpe en outro, souffle maritime. there is cars juxtapose lap steel et piano, like un road-movie en accéléré. Le bloc central impose la polyvalence : alles nicht so schlimm (harpe double, sax en vrille contrôlée) marie rudesse et velours ; tu es ici convoque flûte et piano en carte postale francophile enchâssée dans une pulse pop-rock ; she will say désarme par sa brièveté et son refrain collé-serré ; the key resserre le champ sur les guitares sèches et un kick au pas de marche.
mystic saint relance l’ambition orchestrale, quasi liturgique ; what are you searching for retrouve la ligne claire, basse parlante, batterie en droites nettes ; now the pages been turned fait office d’interlude de mue, acoustique et sans gras. au revoir clôt en six minutes trente d’embruns symphoniques : crescendos à étages, violoncelles qui poussent, guitares électriques en étai, une vraie sortie par le haut, sans pyro mais avec panache.
Ce foisonnement ne serait rien sans la précision des invité·e·s : harpes (Mercedes Bralo, Joanne Moo), cordes (Noelia Diaz, Mariia Vakhnenko, Julia Stein, Oleksandra Vyentseva…), batteries captées en prises vivantes, flûtes, pianos, sax — une galaxie d’interprètes qui nourrissent la vision sans l’alourdir. Et au centre, Alex Wellkers : auteur-compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste, qui ose la grandiloquence tout en gardant les mains dans la glaise.
reach the stars réussit là où chutent beaucoup de « sympho-pop » : l’émotion ne se noie pas dans l’apparat. La forme sert la fièvre, la virtuosité reste au service du chant. C’est un disque maximaliste et sensé, romantique et tendu, capable d’aligner harpe et disto sans ciller. Une constellation de morceaux où la pop marche sur des cordes, littéralement, et ne trébuche pas.
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