On croirait presque entendre un bataillon spectral traverser un champ de ruines invisibles. Marching in the Fog, troisième assaut signé Leather Laces, n’est pas une simple piste : c’est une infiltration sonique, une marche lente et lourde dans une nappe de brouillard où chaque écho résonne comme un pas de trop. Après le tir nourri de Rocket Launcher et la mécanique implacable de Heavy Machine Gun, le collectif marse en cadence vers une esthétique toujours plus corrosive : entre metal industriel, synthwave fantomatique et expérimentations électroniques, on avance à l’aveugle, happé par une tension qui ne retombe jamais.
Le morceau s’ouvre sur un mur de guitares saturées, épaisses comme du béton humide, appuyé par des synthés abyssaux qui rampent sous la surface. Les percussions claquent, non pas comme un rythme de fête, mais comme un radar qui balaye l’obscurité, oscillant entre menace et attente. On se laisse prendre au jeu : un pas, deux pas, trois pas, puis la sensation que quelque chose approche, qu’un déchaînement imminent est dissimulé derrière la brume sonore. L’issue n’est jamais claire. On croit percevoir un souffle, puis un silence ; et soudain, l’explosion d’un beat qui lacère l’air comme un projecteur allumé dans la nuit.
Ce qui fascine, c’est la cohésion des quatre opérateurs. _SHOE, la machine centrale, trace les lignes rythmiques comme un capitaine d’unité ; DripString injecte ses boucles analogiques, acides comme de la rouille sur métal ; Chokeloop module des pulsations rituelles qui oppressent autant qu’elles libèrent ; et Slughair, enfin, enfouit le tout dans des basses toxiques, résonances chimiques qui font vibrer le diaphragme. Ensemble, ils ne forment plus un groupe mais une arme sonore.
Marching in the Fog n’est pas une chanson que l’on chante, c’est une mission à laquelle on participe. Elle parle moins à l’oreille qu’au système nerveux, installe une paranoïa délicieuse, un état d’alerte permanent. On en ressort comme d’un cauchemar cinématographique de Carpenter : désorienté, fasciné, prêt à replonger.
Un brouillard qui ne se lève pas, mais qui avale. Et Leather Laces nous y entraîne, pas après pas, jusqu’à l’étouffement.
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