Il existe des morceaux qui ressemblent à des cicatrices devenues fleurs. Aloe Barbadensis de Chepps fait partie de ceux-là : un titre qui prend la rugosité du hip-hop conscient et l’adoucit comme une plante médicinale. Le choix du titre n’a rien d’anecdotique : l’aloe, cette chair translucide qui apaise brûlures et plaies, devient métaphore d’un rap qui ne cherche pas seulement à dénoncer, mais aussi à réparer.
La production joue la carte de l’épure : un beat alternatif, à la croisée du boom-bap réinventé et de textures plus abstraites, laisse l’espace respirer. Dans ces respirations s’installe la voix de Chepps, ferme mais jamais autoritaire, comme un guide qui sait que l’on écoute mieux quand on n’est pas hurlé dessus. Son flow oscille entre constat social et introspection, entre lucidité acide et douceur inattendue. On pense parfois à Common, parfois à Mick Jenkins, mais Chepps a ce timbre qui rend ses mots poreux, comme si chaque phrase voulait pénétrer plus profondément qu’une simple punchline.
L’intérêt de Aloe Barbadensis n’est pas uniquement dans son message, mais dans son esthétique : un rap qui refuse le tape-à-l’œil et mise sur la lenteur, sur l’intelligence des silences. Chaque mesure devient espace de réflexion, comme un battement de cœur étiré. C’est là toute la singularité du morceau : faire danser la pensée autant que le corps.
Chepps signe ici une proposition à contre-courant d’un hip-hop saturé de vitesse et de fracas. Avec Aloe Barbadensis, il prouve qu’un titre peut être à la fois manifeste politique, rituel intime et baume pour les oreilles fatiguées du vacarme ambiant. Plus qu’une chanson, un soin à appliquer en profondeur.
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