On ne se débarrasse jamais vraiment de ses idoles. Elles rôdent, s’invitent dans nos gestes, colonisent nos phrases, hantent jusqu’à nos silences. Kill Your Idols de Crayon et Lossapardo est une mise à mort douce, presque amoureuse, de ces fantômes qu’on s’invente pour mieux se perdre. Une chanson comme un rituel nocturne, à la fois fragile et implacable.
Tout commence en douceur, comme un secret confié à voix basse. La boucle tourne, un peu bancale, volontairement imparfaite, comme si Crayon refusait de lisser le réel. On entend le bois craquer, les cordes d’une basse hypnotique se tendre, les doigts hésiter : ce n’est pas de la virtuosité, c’est un aveu. Puis Lossapardo surgit, voix ralentie, spectrale, comme un double intérieur qui viendrait dire ce qu’on n’ose pas prononcer. Son chant n’est pas un chant mais une incantation étouffée, une manière de déposer ses idoles sur un bûcher invisible.
Le morceau avance sans jamais chercher l’explosion, préférant la tension suspendue. On est happé par cette économie de moyens, par cette obstination à ne pas céder au spectaculaire. Ici, le minimalisme devient radical, politique presque : Crayon choisit la faille plutôt que le vernis, l’intime plutôt que l’apparat. Kill Your Idols refuse d’impressionner, il préfère troubler, remuer, fissurer.
Et c’est peut-être là sa puissance : ce morceau nous regarde en face et nous demande qui nous imitons encore, à qui nous offrons notre désir de ressembler. Il nous intime d’oser l’espace vide, celui qui fait peur, où il n’y a plus de maître à copier mais seulement nous, face à nous-mêmes.
Alors, écouter Kill Your Idols, c’est accepter de se délester de ses statues intérieures. De se dire qu’au fond, la plus grande idole à tuer, c’est celle qu’on croyait devoir être.
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