Un disque peut parfois ressembler à une boîte noire : on l’écoute comme on déchiffre les restes d’un crash, à la recherche de ce qui a brûlé, de ce qui persiste. Extinction Burst de Matare a cette densité-là, celle d’un témoignage intime transformé en fresque sonore, comme si l’on passait en accéléré toutes les nuances d’une vie à travers douze morceaux. Ce n’est pas de la nostalgie gratuite, mais une manière de convoquer les fantômes des années 80 pour mieux parler du présent.
L’album se déploie comme une succession de miroirs. Attach Your Memories ouvre le bal avec des guitares cristallines, presque fragiles, qui fixent le ton : la mémoire est ici le terrain de jeu et de combat. Puis viennent les coups de sang, I Could Kill You But I Love You ou Slicing Knives, où la rage intime se heurte à la volupté mélodique, condensant l’essence de Matare : écrire avec la colère mais chanter avec l’élégance. Plus loin, Learned Helplessness s’enfonce dans une torpeur cold wave, quand Forever Light ou Revolution cherchent à rallumer la flamme, comme si l’album avançait en oscillant entre résignation et sursaut.
Le morceau-titre, Extinction Burst, fonctionne comme un climax : tension shoegaze, batterie martiale, voix noyée sous la réverbération, explosion contenue qui traduit l’urgence d’un monde en bout de course. Ici, les influences – The Chameleons, The Cure, New Order – ne sont pas des citations mais des outils pour construire une cathédrale sonore personnelle, taillée dans la mélancolie mais tournée vers l’avant.
Avec Extinction Burst, Matare signe un disque qui refuse la superficialité. Un album qui respire la fin de quelque chose, mais qui trouve dans ce sentiment la matière pour inventer. Ce n’est pas un hommage figé à la new wave ou au post-punk : c’est une réinvention, un cri discret mais nécessaire, une preuve que l’on peut encore transformer la mémoire en arme esthétique.
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