Un ami m’a dit un jour que les plus beaux étés sont ceux qu’on n’arrive pas à raconter. Ils se coincent dans les silences, dans l’éclat d’un rire oublié ou l’odeur d’une serviette de plage séchée au soleil. Holidays, le nouveau single de Books Of Moods, fonctionne exactement comme ça : une sensation qui échappe, qui se faufile entre la joie immédiate et la nostalgie qui rôde déjà.
On connaît tous ce moment précis : la fin d’un été, quand les rires s’estompent mais restent suspendus dans l’air chaud comme des échos qu’on n’arrive pas à retenir. Holidays, le nouveau single de Books Of Moods, a cette capacité étrange à condenser ce vertige dans trois minutes de pop-rock rêveuse. Ce n’est pas un titre qui cherche à plaire, c’est un titre qui saisit de biais, comme une photo surexposée où les silhouettes deviennent des fantômes de vacances.
Hugo Sailer, derrière ce projet parisien, s’impose ici comme un alchimiste de la mémoire. Ses guitares semblent tremper dans une lumière trop vive, ses rythmes oscillent entre la nonchalance et la fièvre, et ses mélodies naviguent dans cette zone trouble où la joie pure se mélange à une nostalgie impossible à définir. L’ombre de Bowie, l’élan des Arcade Fire et le spleen des Strokes affleurent sans jamais étouffer cette patte singulière, artisanale, qui fait de Holidays une chanson à la fois intime et universelle.
Écrit après une échappée estivale entre amis, le morceau ne raconte pas des vacances idéalisées : il capte l’imperfection, le chaos, les routes qui se perdent et les conversations qu’on oubliera le lendemain. Mais c’est précisément ce désordre qui en fait la beauté. Holidays n’est pas un hymne festif, c’est un polaroïd en train de se décomposer dans la lumière, un souvenir qui s’échappe en même temps qu’il se fixe.
En moins de quatre minutes, Books Of Moods réussit à faire ressentir la chaleur d’un été et le frisson de sa disparition. Une chanson qui agit comme une Madeleine sonore : on y revient, encore et encore, parce qu’elle réveille en nous des images que nous pensions perdues.
