Scott Yoder revient avec Lover, Let Me In, un album qui sonne comme une lettre ouverte griffonnée sur papier jauni, saturée de mélancolie et de scintillements glam. Derrière son allure de dandy halluciné, quelque part entre les paillettes de T-Rex et la mélancolie de Big Star, Yoder dévoile une œuvre entièrement façonnée dans la solitude d’une petite maison de Seattle. Dix morceaux écrits, joués et produits par lui seul, dix portes entrouvertes sur ses obsessions et ses fractures intimes.
Winter’s End ouvre l’album comme une aurore pâle, une ballade psyché-folk qui dilue l’hiver dans une promesse de recommencement. Déjà, l’atmosphère est celle d’un journal intime : fragile, mais traversé d’une lumière baroque. Vient ensuite Portrait of Anneliese, inspiré par la chute de l’URSS. Les cordes en suspension et les claviers délicats peignent une fresque presque cinématographique, une âme oubliée qui cherche à être vue, entendue, embrassée.
Plus charnel, Never Be Another Day pulse d’un désir incandescent. Moins un simple morceau qu’une intoxication, un vertige glam-punk où l’infatuation se consume en quelques minutes brûlées. Nobody’s Fault s’installe dans un registre plus retenu, presque confessionnel, comme une respiration après la transe. Puis surgit Lover, Let Me In, pièce centrale de l’album : une supplique, un cri feutré contre la barrière invisible qui sépare toujours deux êtres. Sa progression lente, quasi hypnotique, en fait un sommet de tension et de douceur mêlées.
Feather Light déploie alors un souffle solaire, porté par l’influence de Kahlil Gibran. Le morceau scintille entre extase et perte, fragile équilibre où la joie se dissout déjà dans le souvenir. Girl in the Picture Frame, plus fantasque, semble tirer ses couleurs d’un tableau qui s’anime, entre folk doré et flamboyance glam. Share a Whisper, lui, plonge dans une intimité troublante : un murmure au creux de l’oreille, fragile, qu’on ose à peine écouter trop fort.
Nocturne agit comme une parenthèse spectrale, enveloppant l’auditeur dans une nuit dense et rêveuse. Puis Bound in Leather referme l’album sur une note provocatrice, troublante, où le jeu théâtral de Yoder atteint son paroxysme : un mélange de sensualité brute et d’élan punk, comme si Marc Bolan rencontrait Bauhaus dans une arrière-salle enfumée.
Avec Lover, Let Me In, Scott Yoder compose bien plus qu’un disque : une cathédrale intime où se croisent ses démons et ses inspirations, ses lectures et ses élans, ses travestissements et ses vérités. Une œuvre à la fois romanesque et charnelle, qui rappelle que derrière chaque fard et chaque costume se cache une vulnérabilité universelle.
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