J’écoutais Rule No.1 un soir de pluie, et je me suis surpris à le prendre comme une injonction personnelle. La première règle, ne pas céder, ne pas se laisser effacer. Il y a des morceaux qui, plus qu’ils ne s’écoutent, viennent se coller à vos os et imposer leur propre cadence au sang. Celui-ci en fait partie. Avec la touche de Meduulla, Summer Pearl et Niambi, rien ne sonne plus pareille…
Meduulla a ce don rare : transformer chaque mot en projectile tendre. Sa voix n’est pas seulement un flux, c’est une architecture — on y sent l’héritage de la poésie, le poids des syllabes qui deviennent des briques dans lesquelles elle construit un abri pour elle-même et pour nous. Rien n’est gratuit dans son phrasé, tout est millimétré mais jamais mécanique. Elle sait, comme Nas ou Lauryn Hill avant elle, qu’un vers peut être un aveu et une arme dans le même souffle.
Et puis arrive Summer Pearl, qui tend une main à travers cette densité. Sa voix veloutée flotte comme une incantation, un contrepoint lumineux à la gravité du récit. C’est l’éclat fragile qui transperce les ombres, la douceur qu’on s’accorde malgré la dureté du monde. Niambi, elle, fend la pièce comme une déflagration : un accent venu d’Atlanta qui percute le flow britannique, une énergie plus brute, plus nerveuse, qui rappelle que la douleur n’efface pas la force, elle la nourrit.
Musicalement, Ethan Hill propose une production qui respire le jazz-rap mais refuse le pastiche. La basse serpente en arrière-plan comme une pensée obsédante, les percussions claquent net, et l’ensemble laisse aux voix tout l’espace nécessaire pour écrire leur dramaturgie. On croit entendre un écho de la golden era, mais c’est un mirage : Rule No.1 est ancré dans aujourd’hui, avec une fraîcheur qui rend hommage au passé sans jamais s’y enfermer.
Ce qui fascine, c’est la manière dont le morceau conjugue l’intime et le collectif. Derrière l’histoire personnelle de Meduulla, on entend un manifeste implicite : se tenir debout, définir ses propres règles, trouver sa voix dans un monde qui vous demande sans cesse de vous taire. C’est de la musique qui ne flatte pas l’oreille mais qui s’adresse directement au plexus solaire.
En refermant ce morceau, je n’avais pas seulement l’impression d’avoir entendu un single prometteur. J’avais le sentiment d’avoir assisté à une naissance, celle d’une voix qui ne cherche pas la hype mais l’héritage. Rule No.1 n’est pas un titre accrocheur, c’est un serment gravé en rythme : la première règle pour survivre, c’est de transformer chaque cicatrice en hymne.
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