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Music Pop

Eleri Ward revient avec l’album Internal Rituals

Eleri Ward revient avec l’album Internal Rituals
  • Publishedseptembre 29, 2025

Avec Internal Rituals, Eleri Ward se libère de l’ombre tutélaire de Sondheim pour ériger sa propre cathédrale sonore. Après deux disques de reprises salués par la critique, elle déploie enfin ses propres mots, ses propres silences, ses propres vertiges. L’album s’apparente à une traversée intérieure où la pop cinématographique croise un jazz futuriste et des éclats d’indie diaphane. Le tout repose sur cette voix souple et lumineuse, ce soprano qui se déplace entre les registres comme une flamme qui ne s’éteint jamais, toujours vibrante, toujours expressive.

Dès Stepping Through, le décor est posé : une entrée en matière comme une ouverture de rideau, presque cérémonielle, où l’on sent le pas hésitant mais ferme d’une artiste qui franchit une frontière symbolique — celle qui sépare l’interprète de la compositrice. Puis vient Citrine (Would’ve Been Nice), éclat minéral serti dans une écriture mélodique fragile, qui joue sur la transparence et les fissures, comme si la chanson elle-même se brisait sous nos doigts.

Avec Burden, Eleri Ward touche à une gravité douce, un morceau suspendu qui évoque la lourdeur des attaches intérieures. La voix se fait plus tendue, les textures électroniques plus enveloppantes, et c’est ici que se révèle l’ambition de l’album : ne pas rester dans l’ornement mais chercher l’impact viscéral. There You Go poursuit ce geste mais avec une lueur de gratitude : une chanson de karma, qui sait transformer la douleur en offrande.

La force de Ward réside dans sa capacité à faire coexister l’intime et le mythologique. People Pleaser dissèque nos masques sociaux avec une précision chirurgicale, tandis que Immortal ose rêver d’éternité avec des arrangements célestes. Puis survient Float, véritable respiration de l’album, où l’on entend le vertige du saut dans l’inconnu, ce moment où le sol disparaît sous les pieds mais où l’air devient promesse.

Impossible d’ignorer Medusa, peut-être le morceau le plus théâtral. Ward y convoque la figure mythologique pour interroger la peur, la beauté, la malédiction et la résilience féminine. C’est un sommet dramatique qui rappelle qu’elle vient du théâtre musical, mais qu’elle sait en détourner les codes pour en faire un rituel intime.

La dernière partie de l’album est plus frontale, presque cathartique. Run s’impose comme un exorcisme : piano et synthés se tendent jusqu’à l’explosion, traduisant la volonté de rompre les chaînes. Someone, Something New explore une relation filiale douloureuse, plongée psychédélique dans les traumatismes hérités et leur possible résurgence. Enfin, Goodbye, Sojourna et Venusian Light ferment l’album comme un diptyque lumineux : le premier dans une tonalité d’adieu, presque prière, le second dans un éclat solaire où l’amour de soi se proclame sans détour.

Au final, Internal Rituals est moins une collection de chansons qu’un parcours initiatique, une suite de portes qui s’ouvrent sur des paysages mentaux. Chaque morceau se tient comme un chapitre d’un journal intime écrit à la première personne mais offert au collectif. Eleri Ward y démontre qu’elle n’est plus seulement la muse délicate de Sondheim, mais une architecte sonore à part entière, capable de bâtir un univers où le fragile et le monumental cohabitent dans la même vibration.

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Written By
Extravafrench

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