On ne croise pas souvent un premier album qui ose s’étaler sur 24 titres. Avec SHIFT, Amara Fe ne cherche pas la retenue, elle cherche le débordement. Le disque jaillit comme une coulée d’énergie brute, traversant les registres de la pop alternative, du dark-pop jusqu’à des touches dance assumées, avec cette volonté farouche de tout dire, tout essayer, tout tenter.
Dès “Eyes on Me”, l’album s’ouvre comme une déclaration de présence : rythme nerveux, refrain immédiat, voix claire qui refuse de se perdre dans l’artifice. On sent la chanteuse déterminée à capturer l’attention, à exister de face, sans détour. Puis vient “She’s the Light”, beaucoup plus aérien, presque gospel-pop dans sa lumière : c’est le morceau qui fait respirer, une dédicace implicite à celles qui portent la clarté dans les zones d’ombre.
“The Storm I Crave” installe une tension différente : l’orage comme métaphore d’une passion dangereuse, une pulsation sombre où les synthés prennent une teinte dramatique. On pense à une Billie Eilish plus solaire, mais toujours hantée. De là, l’album glisse vers “Love Loyal” et “Ride for Me”, deux titres courts, incisifs, où l’on entend Amara Fe jouer avec la pop commerciale sans jamais tomber dans le simple produit calibré : ce sont des chansons directes, mais portées par une voix qui garde son grain et son sincère besoin de raconter.
Dans “Treat Me Like a Queen”, plus long, la construction se rapproche de la ballade épique : près de cinq minutes pour affirmer une revendication, non pas criée mais chantée avec la confiance tranquille de celle qui ne veut plus céder. C’est sans doute un des cœurs de SHIFT. À l’autre extrême, “Still Poppin” explose comme un manifeste de survie : une pop dopée à l’attitude, prête à secouer les playlists et à rappeler que l’artiste ne joue pas la discrétion.
L’un des moments les plus intrigants reste “Venom Kiss” : sensuel, dangereux, construit sur une ligne vocale à la fois séduisante et menaçante, comme si l’amour se transformait en arme. Juste après, “Soul Snatcher” poursuit cette logique d’ambivalence : Amara Fe chante la passion comme une perte de soi, un abandon autant désiré que redouté.
Le disque se conclut sur des titres qui sonnent presque comme un autoportrait : “I Sing, I Rap”, où l’artiste assume sans complexe son côté protéiforme, et “Swag Like Mine”, plus frontal, une carte de visite insolente qui rappelle que SHIFT n’est pas qu’un album de mélodies accrocheuses, mais aussi une affirmation identitaire.
Ce qui frappe tout au long de l’album, c’est la constance de l’énergie. Malgré 24 morceaux — un pari risqué —, Amara Fe réussit à maintenir un équilibre entre immédiateté pop et sincérité brute. Pas de références trop appuyées à tel ou tel modèle : l’artiste revendique une influence multiple, presque diffuse, héritée autant de son ADN familial (le spectre de Charlie Wilson, Minnie Riperton) que de sa propre curiosité insatiable.
SHIFT ressemble à une traversée : chaque chanson est comme une mini-expérience, parfois fulgurante (“Try Me”, 1’46 seulement), parfois ample (“Treat Me Like a Queen”), mais toujours portée par cette envie de partager un instantané d’énergie et d’émotion. Un album fleuve, qui ne se contente pas d’un terrain balisé mais préfère la profusion, quitte à se perdre par moments — et c’est justement ce qui le rend attachant.
Avec SHIFT, Amara Fe dépose un journal intime éclaté en 24 fragments, un concentré de lumière et de ténèbres, d’ego et de fragilité. Un disque qui respire la spontanéité et la recherche, à la fois imparfait et inépuisable — comme la vie qu’il raconte.
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