Écouter Corpse Sonata Vol. I de MODUL8, c’est comme descendre dans une morgue où chaque tiroir contient non pas un corps, mais un genre musical éventré. Le néon clignote, le carrelage suinte, et toi tu avances, casque sur les oreilles, tandis que les beats, encore tièdes, vibrent d’une rage posthume portée par des flows de rap féminin.
Le disque s’ouvre avec “Ghosts of the Beats”, et déjà, on marche sur des ruines. Ce ne sont pas des samples, ce sont des spectres — silhouettes floues de hip-hop, d’électro, de dubstep, réduites à des ombres. La basse tremble comme une incantation, et tout de suite tu comprends : ici, MODUL8 n’empile pas des sons, il exhume des cadavres pour les ressusciter sous une forme monstrueuse.
Puis survient “Maniac Ramblings”, un déferlement verbal où les rimes cognent comme un délire écrit sur les murs d’une cellule. Les syllabes fusent à double vitesse, pas pour impressionner, mais pour faire entendre la compulsion : impossible de s’arrêter, comme si chaque mot était un spasme. On n’est pas dans le rap de posture, on est dans le besoin.
Avec “Carnivore Cadence”, le beat devient mâchoire. On le sent : ça mastique, ça déchire, ça broie. C’est une rythmique carnassière, un groove qui mange tout et recrache des éclats de trap, de glitch, de phonk, comme des os éparpillés.
“Leaving Corpses (Can’t Help It)” est sans doute le morceau le plus obsédant du lot : confession d’un meurtrier de beats qui assume son vice. La voix, mi-désespérée, mi-sadique, résonne au milieu d’une prod qui tangue comme une barque trouée. C’est sale, mais tellement fascinant.
Le cœur noir du disque bat avec “Confession of Beat Murder” et “Percussion Inferno”. Le premier, c’est un manifeste : chaque snare est un coup de scalpel, chaque bass drop une giclée. Le second, c’est une transe incendiaire — des percussions empilées jusqu’à la suffocation, un feu qui consume tout.
Puis, à mesure que l’album avance, les pièces deviennent encore plus délirantes. “Pulse Collapse” s’éteint et redémarre comme un cœur artificiel. “Twisted Beginnings” tourne autour de l’idée qu’aucun départ n’est innocent, chaque commencement est déjà tordu. “Venom Script” écrit sa partition à l’acide, là où “Ripping & Eating” est une orgie sonore, une bouchée d’ultraviolence électro avalée d’un seul trait.
“Bodybags” est presque cinématographique : on les voit, ces sacs alignés, et chaque coup de kick claque comme une fermeture éclair qu’on referme. Et puis surgit “Infinite Piece”, le sommet : une boucle infinie, comme si la musique cherchait à se dévorer elle-même, avalée par son propre vertige.
L’avant-dernier morceau, “Stomp the Hats”, est un clin d’œil ironique : un dancefloor tordu, où les hi-hats martelés deviennent une danse macabre. Enfin, “Interrogation” conclut ce sonata comme un huis clos : voix distordues, percussions claustrophobes, on n’écoute plus une chanson, on subit un procès intérieur.
MODUL8 invente avec ce premier volume une véritable esthétique : le curbstep, mélange de phonk, dubstep, trap, glitch et boom bap, mais surtout état d’esprit. Une musique qui ne veut pas séduire, mais déranger. Qui ne se consomme pas, mais se vit comme une immersion. Ici, pas d’auto-tune, pas de vernis. Seulement la fièvre d’un artiste qui transforme son obsession en laboratoire sonore.
Corpse Sonata Vol. I est une autopsie jouée à plein volume. Une célébration du macabre, mais aussi une promesse : celle que la musique n’est jamais vraiment morte, tant qu’il reste quelqu’un d’assez fou pour lui redonner un corps.
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