Dans Altered Beast, AWOL Da Mindwriter marche comme un loup dans une ville trop propre pour lui. Son flow, brut et lettré, s’avance à contre-courant de l’époque — celle où les rappeurs font du bruit sans dire grand-chose. Lui, il écrit avec la morsure d’un type qui a tout vu et qui refuse encore de fermer les yeux. Produit par August Fanon, le magicien derrière Mach-Hommy et Vic Spencer, le morceau brûle lentement, comme une cigarette coincée entre les doigts d’un prophète fatigué.
Le titre fait référence au jeu culte de la SEGA, Altered Beast, où l’homme devient monstre pour survivre. Et c’est bien de ça qu’il s’agit ici : de la mutation intérieure qu’impose un monde rongé par la cupidité et l’arrogance. AWOL rappe comme s’il expulsait le venin — chaque syllabe est une déflagration lucide contre les forces corrompues qui parasitent nos vies. Pas de punchlines gratuites, pas de posture : juste la vérité, nue, salie, belle dans sa colère.
August Fanon, en alchimiste du sample, construit une atmosphère dense, presque mystique. Les boucles de vinyle craquent comme des os, les basses rampent dans l’ombre, la batterie claque à la manière d’un cœur sous tension. On y sent l’école du hip-hop new-yorkais, celle où le verbe dominait tout, mais aussi une profondeur presque cinématographique, héritée du jazz et du grime. C’est de la musique pour penser en marchant, pour cogiter les poings dans les poches.
Dans son clip signé Jack De$a, Altered Beast prend des allures d’errance nocturne — entre ruelles, écrans et visages flous. AWOL y apparaît comme un personnage de roman noir, mi-rêveur, mi-fantôme, coincé entre sa propre conscience et un système qui l’étouffe. Le morceau parle autant de survie que de renaissance : on y devient « bête » pour ne pas être dévoré.
AWOL Da Mindwriter porte bien son nom : un poète hors-ligne, sans filtre, un penseur du ghetto numérique. Il ne rappe pas pour séduire mais pour témoigner. Dans Altered Beast, il nous tend un miroir, et le reflet n’est pas beau à voir — mais il est vrai. C’est ce qui fait toute la force du morceau : ce sentiment de lucidité, cette façon de transformer la colère en matière noble.
Ici, le hip-hop retrouve sa vocation première : dire le monde, sans maquillage, sans compromis. Altered Beast n’est pas un single. C’est un cri d’humanité dans un monde qui a troqué la vérité contre le confort. Et AWOL, lui, refuse toujours d’appuyer sur “pause”.
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