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Grandir dans le bruit blanc du monde : Leo Tea est un « 90’s Kid »

Grandir dans le bruit blanc du monde : Leo Tea est un « 90’s Kid »
  • Publishedoctobre 7, 2025

J’ai toujours pensé que les enfants des années 90 portaient une mélancolie particulière dans le regard. Une espèce de lumière nostalgique coincée entre deux époques : trop jeunes pour avoir vécu le mythe, trop vieux pour croire à la simulation. Leo Tea, lui, la chante — ou plutôt, il la crache avec douceur, comme si chaque punchline servait à recoudre un souvenir mal rangé. 90’s Kid n’est pas un hommage figé, c’est une confession sans posture. Le genre de morceau qu’on enregistre à deux heures du matin, quand la ville dort mais que les fantômes du passé refusent de couper le son.

Le beat, d’abord : sec, charbonneux, avec cette chaleur granuleuse des instrus qu’on aurait pu sampler sur un vieux disque de Mobb Deep. Pas de surproduction, juste ce qu’il faut de crasse pour qu’on sente les doigts qui ont touché les boutons. Leo Tea entre dessus comme sur un ring, mais sans arrogance. Il rappe avec cette lucidité des artistes qui savent que la nostalgie n’est pas un refuge mais une arme : “freestyle” ou pas, chaque phrase tombe juste, chaque silence respire la maîtrise d’un mec qui n’a pas besoin d’en faire trop pour sonner vrai.

Ce qui frappe, c’est la tension constante entre insouciance et gravité. Sa voix glisse sur la prod comme une lame sur du velours. On y entend l’ombre des 90’s — l’âge d’or, les VHS, les Game Boy — mais tout est filtré par un prisme moderne, désabusé, presque triste. Leo Tea ne rejoue pas le passé, il le revisite depuis l’autre côté du miroir. Il y a dans sa façon de poser une retenue, un refus de s’effondrer malgré la mélancolie qui ronge entre les lignes.

L’écriture est brute, mais subtilement calibrée : des images simples, efficaces, sans affectation. On sent le vécu derrière les mots, pas la rhétorique. Et c’est précisément ce qui rend 90’s Kid si juste : cette impression d’un journal intime qu’on aurait retrouvé dans un tiroir d’adolescent, jauni mais intact, avec des mots griffonnés à la hâte entre deux refrains.

Leo Tea a ce truc rare : il fait coexister la rage et la douceur, le bitume et la tendresse. 90’s Kid devient alors un autoportrait générationnel, un manifeste pour ceux qui ont grandi entre cassette et cloud, entre baggy et burnout. Une génération qui rappe encore parce que c’est la seule manière de tenir debout.

Et quand le morceau s’éteint, il reste ce silence étrange — pas vide, pas triste. Plutôt celui d’un souvenir qu’on ne veut pas tout à fait laisser partir.

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Written By
Extravafrench

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