Écouter NATT de Zehbrah, c’est comme marcher dans une ville qui respire trop vite. Le ciel est lourd, le béton pulse, et sous les pas, on sent quelque chose d’invisible trembler. C’est un morceau qui ne rassure pas — il accompagne, il reflète, il confronte. Il y a ce sentiment d’être “trop conscient”, de penser trop fort, de vivre dans un monde où chaque battement du cœur se mêle au bruit des notifications et des sirènes mentales. Et Zehbrah, lui, ne cherche pas à l’éteindre. Il le transforme en œuvre.
Dès les premières secondes, on est happé par cette batterie organique, nerveuse, presque fébrile. Les cuivres, eux, semblent haleter, souffler dans la poussière du quotidien. Le beat n’a rien de clinique : il suinte, il respire, il tangue. Zehbrah en fait le moteur d’une introspection urbaine, une sorte de jazz contemporain qui aurait troqué la clope et le whisky contre l’angoisse existentielle et les pensées en boucle. Ce n’est pas un son de studio, c’est un enregistrement du réel.
Son flow, posé avec une lucidité tranchante, évoque les grands artisans du verbe — ceux qui savent dire sans expliquer, raconter sans s’effondrer. Il y a dans sa voix une fatigue élégante, celle de quelqu’un qui a trop réfléchi mais qui refuse encore de se taire. Zehbrah parle du trop-plein, du mental saturé, de ce poids invisible qu’on traîne tous mais qu’on dissimule derrière la productivité et les sourires calibrés. “Nothing at the top, tension at the throat” — le genre de phrase qui reste, parce qu’elle dit tout sans insister.
Mais NATT n’est pas qu’une autopsie du mal moderne. C’est un morceau de résistance, un cri contenu dans une boucle de groove. L’anxiété y devient presque rythmique, un métronome intérieur. On pense à la frénésie poétique d’un Mike Ladd, à la noirceur suspendue d’un Earl Sweatshirt, à l’intelligence musicale d’un Tom Misch sous acide. Zehbrah fait dialoguer ces influences sans jamais se diluer : il les assimile, les brise, les tord pour bâtir un son à sa mesure — rugueux, réfléchi, organique.
Là où beaucoup chercheraient la catharsis, lui choisit la lucidité. Pas de délivrance ici, juste un constat : avancer malgré tout, même quand la tête brûle et que les pensées s’emmêlent. NATT devient ainsi un manifeste discret pour tous ceux qui apprennent à vivre avec leurs tempêtes intérieures — pas contre elles.
C’est ça, la force rare de Zehbrah : composer la bande-son de l’époque sans se noyer dans ses clichés. Son rap n’est ni plaintif ni démonstratif. Il est humain, intensément. Et dans ce monde où tout nous pousse à paraître solides, NATT a le courage précieux d’être fragile.
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