J’ai écouté Seven Cities of Gold un soir d’automne, les volets à demi clos, la pluie martelant les vitres comme une batterie lointaine. Le morceau a commencé comme une aurore qui s’invite dans une pièce sombre : une guitare claire, presque timide, puis la voix de Julie July, limpide, diaphane, et soudain tout s’ouvre. Le monde intérieur se déplie lentement, et on se retrouve projeté dans une carte ancienne — celle des légendes d’El Dorado, des promesses d’horizons dorés et des routes sans retour.
Ce que j’aime chez Julie July, c’est cette manière de faire chanter la mémoire sans jamais l’empailler. Elle ne copie pas ses héros — elle les ranime. La chaleur folk de Sandy Denny, la précision narrative de Dire Straits, la fluidité mélodique d’un Fleetwood Mac en pleine tempête émotionnelle… tout cela résonne, oui, mais jamais comme un pastiche. Seven Cities of Gold s’écrit au présent, dans une respiration moderne, vibrante, presque cinématographique.
La guitare, fine et souple, a ce timbre “Knopflerien” que les amateurs reconnaîtront entre mille : un toucher précis, un son clair qui scintille à la surface de la mélodie, comme une lame sous le soleil. Autour, le groupe tisse un écrin mouvant — la basse pulse doucement, la batterie respire, le tout soutenu par des harmonies vocales qui se déploient comme des voiles gonflées par le vent. C’est à la fois soyeux et ample, d’une élégance presque rare aujourd’hui, où tant de folk se perd dans la pâleur de la reconstitution. Ici, tout vit, tout respire.
Julie chante comme on marche vers un mirage : avec la foi de ceux qui savent que la quête compte plus que la trouvaille. Sa voix, claire comme l’eau d’une rivière, porte une mélancolie lumineuse — ce mélange de douceur et de distance qu’on retrouve dans les plus grandes chansons anglaises, celles où l’émotion se cache derrière la pudeur. À mesure que le morceau avance, on sent les paysages se transformer : les sables deviennent océans, les promesses se font échos, et la voix, elle, devient boussole.
Mais Seven Cities of Gold n’est pas qu’une balade spirituelle. C’est aussi une leçon de son. Une maîtrise du détail, de l’espace, de l’équilibre entre acoustique et électrique. Chaque instrument est à sa place, chaque silence compte, chaque montée semble contenue par un fil invisible. La production — d’une clarté presque tactile — amplifie ce sentiment d’apesanteur : on flotte entre le réel et l’imaginaire, pris dans un vertige doré.
En vérité, peu de groupes actuels manient le folk-rock avec autant de finesse. Là où d’autres s’enferment dans la nostalgie, The Julie July Band avance. Ils ravivent les couleurs d’un genre sans jamais le figer. Seven Cities of Gold devient alors plus qu’un morceau : une traversée. Celle d’un groupe qui, au lieu de chercher les cités d’or, les construit, patiemment, à coups d’accords et de souffle.
Quand la dernière note s’éteint, il reste une impression étrange — celle d’avoir voyagé sans avoir bougé, d’avoir rêvé avec les yeux ouverts. Et peut-être est-ce ça, le vrai pouvoir du folk : transformer la route en poésie, et la musique en horizon.
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