Je me souviens du moment précis où What Is Love a commencé. Ce n’était pas une chanson, c’était une bouffée d’air – une de celles qu’on ne trouve plus dans les villes, ni même dans les conversations. Une guitare en bois, fragile comme une confidence, et cette voix, celle de Kaley Halperin, qui semble chanter depuis un lieu qu’on croyait perdu : l’innocence. À cet instant, quelque chose s’est arrêté. Ou plutôt, tout s’est remis à battre.
Gideon Unna écrit et compose comme on tend la main à quelqu’un qu’on ne connaît pas encore mais qu’on devine essentiel. Il a ce sens du dépouillement lumineux, ce refus du spectaculaire. La chanson s’élève sans jamais chercher le crescendo, préférant la sincérité à la tension dramatique. On sent derrière chaque note la fatigue d’un monde malade de sa propre violence, et ce geste obstiné : continuer à croire en la beauté, en la douceur, en l’autre.
Le morceau, construit sur un dialogue organique entre les cordes et les voix, ressemble à un appel à la paix plus qu’à une ballade amoureuse. La guitare de Gideon caresse plutôt qu’elle ne guide, la batterie de Yotam Botner respire au lieu de marquer le temps. Les arrangements de cordes, signés Oren Tzur, glissent comme un souffle dans le dos, discrets mais nécessaires. C’est un travail d’orfèvre : rien n’est de trop, tout est à sa place.
Et puis il y a cette rencontre : Kaley Halperin, solaire, précise, presque mystique, qui transforme les mots en lumière. On dirait qu’elle chante non pas pour séduire mais pour consoler. Sa voix a la transparence des premiers matins du monde, et quand elle se mêle à celle de Gideon, c’est comme si deux continents s’étaient rejoints. Ce duo, c’est l’équilibre parfait entre fragilité et conviction, entre foi et fatigue.
Le fond du morceau, lui, touche à l’essentiel : écrire une chanson d’amour au cœur d’une époque de guerre. Dans un Israël qui brûle encore, Gideon Unna choisit la tendresse comme arme et la poésie comme dernier territoire libre. On sent, dans chaque phrase, cette tension entre désespoir et humanité, cette volonté de ne pas céder à la laideur du monde. La chanson devient un remède : un baume, pas une fuite.
Ce qui frappe, c’est la sincérité absolue de la production. Pas de surenchère, pas d’effets de manche. La matière sonore garde la chaleur du studio, ce lieu où l’on devine les respirations, les hésitations, les rires. On imagine les musiciens autour du micro, le silence entre deux prises, cette alchimie fragile où la musique cesse d’être une idée pour devenir un geste.
What Is Love est une chanson sans grandiloquence, mais pleine de foi. Celle, rare, de ceux qui pensent encore que la musique peut panser quelque chose. Un hymne doux et lucide, qui ne répond pas à la question qu’il pose — mais qui la rend un peu plus supportable. Et peut-être que c’est ça, l’amour : un instant suspendu, une voix qui vous murmure que tout n’est pas encore perdu.
Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :
