Une lumière jaune coule sur les synthés, la voix flotte comme un murmure de fin de nuit, et tout semble suspendu, fragile, presque sacré. Money Honey n’est pas un morceau qu’on écoute, c’est un sortilège qu’on subit lentement. PMBM, entité mi-humaine mi-concept, signe ici une œuvre à mi-chemin entre la prière et le poison — un rap spectral, chargé de sensualité malade, qui dissèque la fascination du matérialisme sans jamais la juger.
Le titre s’ouvre sur un souffle presque religieux. Une ligne de basse discrète s’étire comme une caresse, la batterie s’efface dans le lointain, laissant la voix — désincarnée, lascive, presque androgyne — occuper tout l’espace. PMBM murmure l’addiction à l’argent comme d’autres confessent un adultère : sans fard, mais avec cette lucidité désespérée de ceux qui ont trop vu. Le texte oscille entre le charnel et le spirituel, l’obsession de posséder et le vertige d’être possédé.
Ce qui fascine ici, c’est le dosage : un équilibre chirurgical entre trap ralentie et spoken word hypnotique. On sent l’influence d’artistes comme Dean Blunt, Ghostemane ou Sevdaliza, mais PMBM ne copie personne. Il creuse sa propre mythologie — celle d’un poète des ruines digitales, un prêcheur paumé dans les néons d’une ère sans foi. Les mots frappent doux, mais restent. “Money Honey” devient une incantation sensuelle et vénéneuse, un mantra pour les cœurs vides et les âmes lucides.
L’univers visuel — entre l’anonymat du masque et la dévotion d’un rituel — prolonge cette impression d’être face à une entité plus qu’à un artiste. PMBM, c’est peut-être un collectif, un pseudonyme, une chimère ; peu importe. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait résonner : ce malaise moderne, ce désir d’amour qui s’échoue toujours sur les côtes du pouvoir et du profit.
Money Honey n’est pas un sermon. C’est un vertige lent, un moment suspendu dans lequel chaque beat semble se dissoudre dans l’air, comme un parfum trop cher sur une peau fatiguée. C’est la bande-son d’une époque où tout brille un peu trop, où l’on prie des idoles de papier-monnaie en espérant, au fond, qu’elles s’effondrent. Et dans ce chaos doré, PMBM réussit à faire l’impossible : rendre la chute terriblement belle.
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