C’est une chanson qui ne se montre pas tout de suite. Dontukno s’approche lentement, comme une silhouette qui ne veut pas déranger. Puis elle s’installe, soyeuse et discrète, dans un coin de la pièce, jusqu’à ce que tout — la lumière, l’air, les battements du cœur — prenne sa cadence. Barrett Staples y chuchote le sentiment d’être à la fois tout près et terriblement loin de quelqu’un, avec cette douceur retenue qui fait du soul moderne un art de la nuance.
La production, signée avec le collectif Seattle hot beige, respire la précision sensuelle. Chaque note semble suspendue, chaque frappe de batterie fait l’amour au silence. Ce n’est pas un groove qui cherche à séduire, c’est un groove qui écoute. Les claviers effleurent la peau, la basse ronronne comme une confidence sous une lumière tamisée, et la voix de Barrett, magnifiquement éraflée, flotte quelque part entre la chaleur de D’Angelo et la mélancolie de Sampha. On entend des fragments de jazz qui se dissolvent dans des reflets hip-hop, des échos de soul qui glissent vers le R&B alternatif — tout s’y fond sans jamais se figer.
Mais Dontukno n’est pas seulement un morceau d’ambiance. C’est une conversation intime avec le manque. Ce moment où la tendresse se heurte à la distance, où la proximité devient presque douloureuse. Barrett y raconte sans raconter — une manière de laisser le mystère respirer, d’exprimer le désir à travers les vides, pas les mots. Ce qu’il chante, ce n’est pas une histoire d’amour, c’est l’espace entre deux âmes, cet entre-deux qu’on tente de combler par le rythme et le souffle.
La musique avance comme un souvenir réchauffé par le groove : lente, un peu trouble, presque liquéfiée. On imagine la scène : la nuit dehors, une lampe basse, un disque qui tourne trop lentement, et cette voix qui murmure qu’aimer, c’est parfois laisser partir. Barrett Staples signe ici la fin de son cycle Year of the Tiger — et quelle fin : une ode à la vulnérabilité, à la beauté de l’inachevé, au geste simple de ne pas tout dire.
Dontukno n’a rien de démonstratif, et c’est précisément là qu’il frappe. Il danse à mi-voix dans le clair-obscur des émotions, entre chair et brume. Ce n’est pas une chanson à écouter — c’est une atmosphère à habiter, une caresse qui dure plus longtemps que sa propre musique.
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