Hazy ne se contente pas de pulser — il se souvient. C’est une transe douce, une errance dans le ventre électrique de Dublin, à l’heure où les pavés brillent encore d’alcool et de pluie, et où les corps se déplacent sans se parler, reliés par la basse plutôt que par les mots. Kormac, vieux bricoleur de textures et alchimiste du hardware analogique, signe ici un morceau de house suspendue, hantée par l’ombre des clubs d’hier et l’écho des nuits sans fin.
Tout dans Hazy respire la rémanence : la rythmique est nette mais voilée, comme captée derrière un brouillard de lumière orange. La structure se déploie lentement, sans climax, dans une progression où le groove se tord sous le poids du souvenir. On y sent les fondations du Detroit techno — cette rigueur presque industrielle — mais Kormac la transforme en matière organique. Ses synthés ne sont pas froids, ils transpirent. Ses kicks ne frappent pas, ils avancent, traînant derrière eux une fatigue magnifique, celle de l’aube qui refuse d’arriver.
Ce n’est pas une track pour le peak-time. C’est le morceau qu’on joue quand la fête s’étire au-delà du plaisir, dans cet état de lucidité poisseuse où la musique devient souvenir avant même de s’arrêter. Kormac capture cette tension entre euphorie et nostalgie, cette « zone floue » entre la sueur du club et le silence du dehors.
Et dans le fond, Hazy parle de transmission. Du passage du DJ à l’architecte sonore, du sampleur au compositeur. Kormac, qui a longtemps flirté avec l’hip-hop avant d’écrire pour orchestre et télévision, retrouve ici le fil originel : cette pulsation qui relie toutes ses vies, des caves de Dublin aux studios feutrés de Londres.
Dans le vacarme des productions calibrées, Hazy ose la retenue, l’imperfection et la chaleur. On y entend les machines respirer, les circuits chauffer, les mélodies s’effilocher. C’est une musique de souvenir et d’attente — un battement pour ceux qui marchent encore, seuls, vers la fin de la nuit.
Avec Hazy, Kormac ne célèbre pas le club : il l’honore comme on honore une cathédrale effondrée. Chaque note résonne comme un rayon de lumière sur les ruines, un murmure de ce que la musique sait faire de mieux : transformer la mélancolie en mouvement.
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