“Time To Party” mord la nuque, plante le tempo dans la colonne, puis refaçonne la pièce comme une manif qui aurait appris la chorégraphie. Pas un simple banger : un dispositif. Le trio londonien mixe électrochocs electro, nerf post-punk, dents d’industrial metal et propulsion DnB pour fabriquer un accélérateur de particules humaines. À l’écoute, le corps comprend avant la tête ; une seconde plus tard, tout le monde court dans la même direction.
La mécanique est redoutable. Grosse caisse au marteau-piqueur, caisse claire chicotée en double-time, charleys pressés façon huile sur tôle chaude : la charpente Drum & Bass ne sert pas de décor, c’est l’ossature. Dessus, un reese grondant strié de phasing racle le bas-médium, pendant que les guitares saturées — harmoniques parasites, palm-mutes qui fument — dressent un mur mouvant quelque part entre la scie de rave et la ferraille indus. Les synthés rasent le cadre, filtres agressifs ouverts/fermés au millimètre, sidechain en apnée maîtrisée ; dans les creux, des amens coupés au scalpel relancent la battue juste quand la sueur menace de réfléchir. Mix lisible malgré la masse : chaque impact tombe compté, chaque silence sert d’élastique.
Au micro, la voix ne quémande pas l’adhésion ; elle l’ordonne avec un grain légèrement cisaillé, compressé serré, delays courts taillés pour la rampe. Les slogans deviennent des gestes, les gestes deviennent des sections : couplets en chasse, pré-refrain qui aspire l’air, drop guillotine, relance au plafond. L’écriture pense le club comme agora : la fête ne camoufle pas, elle catalyse. Héritages assumés (Prodigy pour l’insurrection hédoniste, Pendulum pour la cinétique, Chemical Brothers pour l’art de la texture) mais digérés : pas d’hommage cosplay, une digestion fonctionnelle, utile à la dramaturgie montée/rupture/rebond.
Le morceau tient surtout par son architecture sociale. Ce n’est pas “lève les mains” par réflexe ; c’est “reprends la main” comme protocole. La production maison renforce l’impression de contrôle total : choix de timbres précis, compression parallèle qui serre le torse, sub propre qui reste sage mais implacable, coupe franche dans les fréquences graisseuses. À volume scène, la sensation est quasi cinématographique : travelling sur la foule, plan serré sur l’étincelle, flash de noir, retour plein feu.
Dans l’album Noise Against Tyranny, “Time To Party” coche la case déclencheur : morceau-charnière, calibré pour transformer une salle tiède en bloc conducteur. Pour curateurs : cartouche imparable en ouverture de set ou en reprise d’oxygène nerveux à mi-parcours. Pour clubbers : promesse tenue d’une sueur avec thèse. Londres signe ici un rappel utile : danser reste un acte politique quand le kick tape au bon endroit. Et là, il tape exactement où il faut.
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