Premier réflexe : monter le volume avant même de comprendre. “Call Me” déboule comme une sirène de poche — guitare au rasoir, batterie qui cavale sans perdre la grâce, basse élastique qui tient le monde sur deux cordes. Trio suisse, gros moteur : The Next Movement condense l’expérience live en trois minutes de charge contrôlée, et transforme un simple single en manuel de survie par le groove.
Ce qui saisit d’abord, c’est l’aérodynamique. Le tempo file, mais rien ne bave : kick sec, snare claquée juste après la pensée, charleys qui ventilent la mesure. La basse de Pascal “π” Kaeser verrouille l’assise dans un registre moelleux mais musclé, avec ces micro-glissés qui donnent de l’aspérité sans détourner la marche. La guitare de Sam Siegenthaler taille des angles nets, entre stabs-couteaux et traits wah qui n’annoncent jamais leur arrivée. Devant, la voix de J.J. Flueck — chant-batterie, combo rare et spectaculaire — s’amarre à un vocoder chirurgical : une couleur rétro-futuriste utilisée avec parcimonie, suffisamment pour signer, jamais pour masquer.
Architecture millimétrée : couplets en sprint contrôlé, pré-refrain qui fait respirer la caisse claire, pont aérien comme une baie vitrée ouverte sur le club (la fameuse « airy bridge » qui met tout le monde d’accord), puis ride-out ultra-fonky où chaque instrument négocie sa petite victoire sans défaire l’ensemble. La production sent la sueur propre : compression parallèle au service de l’impact, sub tenu mais nerveux, stéréo resserrée qui place les musiciens à portée de paume. Rien n’est “trop” — tout est placement.
L’ADN du groupe affleure partout : humour nonchalant, précision de studio, réflexes de scène. On comprend pourquoi la formation passe pour une machine de guerre en Europe : couture impeccable entre neo-soul, funk de coffre-fort et réflexes de pop immédiate. Surtout, “Call Me” assume la simplicité comme art majeur : un motif clair, des arrangements qui racontent, une énergie qui ne cherche pas l’uppercut gratuit. Résultat : un titre qui aimante la rotation radio autant qu’il nourrit les DJ sets qui aiment la sueur élégante.
À glisser en entrée de playlist pour imposer le sourire, ou juste après un standard D’Angelo / Vulfpeck pour mesurer la tenue : “Call Me” ne vient pas demander de la place, il en crée. Et quand le ride-out referme la porte, une évidence demeure : dans le royaume du groove, trois personnes suffisent pour faire lever tout un quartier.
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