Dans Bend to Break, Brittney Jenkins, alias Pisgah, chante l’instant précis où tout s’effondre — et où, paradoxalement, quelque chose renaît. Ce troisième single, prélude à son prochain album Faultlines, s’écoute comme une tempête retenue trop longtemps : les guitares grondent, les cymbales éclatent, la voix tremble avant d’exploser. C’est une chanson de rupture, bien sûr, mais aussi une chanson de délivrance — celle qu’on ne trouve qu’en renonçant à plaire, à tenir, à se plier.
Originaire du Sud des États-Unis mais installée à Londres depuis presque une décennie, Jenkins transforme son exil en matière première. Son rock a le parfum poussiéreux des routes américaines, mais les contours mélancoliques d’un crépuscule britannique. Elle cite Ryan Adams, Aimee Mann ou Emma Ruth Rundle parmi ses influences — on entend un peu des trois : la tendresse folk, la lucidité acide, et cette noirceur suspendue qui rôde dans les recoins de sa production.
Sur Bend to Break, tout se joue dans la tension. Les guitares s’étirent comme un ciel avant l’orage, prêtes à éclater. Les paroles, elles, oscillent entre la désolation et une forme de soulagement viscéral : “How light the leaving feels and how much heavier the weight that finally pushed you out the door.” Ce n’est pas seulement une chanson sur une séparation, mais sur la lucidité brutale de devoir partir — quitte à briser ce qu’on pensait être soi.
Pisgah écrit avec le regard de quelqu’un qui a longtemps observé le désastre avant d’en comprendre la nécessité. Elle évoque les fractures familiales, la distance qu’on s’impose pour se reconstruire, les silences qu’on apprend à aimer. Derrière sa douceur vocale se cache une forme de courage : celui de regarder la faille et d’y voir, enfin, une sortie.
Produit et masterisé par Dan Duszynski (Jess Williamson, Loma), le morceau sonne comme une confession intime capturée dans une cathédrale d’écho. Chaque accord y respire, chaque frappe de batterie semble résonner dans les os.
Avec Bend to Break, Pisgah confirme ce que son précédent disque laissait déjà entrevoir : une écriture d’une précision émotionnelle rare, quelque part entre le désespoir et la lumière. C’est un morceau pour ceux qui ont déjà tout perdu — et qui savent que c’est parfois le seul moyen de se retrouver.
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